Yuki

ParMarius Sergent

Yuki

Interview réalisé par Charles, rédacteur de  notre partenaire YourDj, retrouvez l’article original ICI.

YUKI, une entrée haute en couleurs sur la scène techno montpelliéraine.

Peux-tu te présenter brièvement ?

Je m’appelle Yuki, c’est mon vrai prénom, et je suis japonaise. Cela fait très longtemps que je suis arrivée en France, j’y ai même grandi. En fait j’ai vécu au Japon pendant 6-8 ans, après je suis venue en France pour le travail de mon père, et j’y suis finalement restée.

Racontes-nous tes débuts dans la musique, d’où te vient cette passion pour la musique électronique?

Je crois que j’ai commencé à découvrir la musique électronique pendant mes études supérieures, j’étais dans une école d’audiovisuel, et comme il y avait pas mal de gens qui venaient de beaucoup d’horizons différents, j’ai découvert d’autres styles de musiques que je ne connaissais pas avant. Le premier style de musique électronique que j’ai écouté, c’était de la drum & bass. Après j’ai commencé à écouter du hip-hop, du jazz, de la soul etc. En fait je crois que j’ai vraiment commencé à sortir dans des clubs à partir du moment où j’ai commencé à travailler, à gagner un salaire, et à être autonome. Mes premières soirées, c’était au RexClub à Paris, au départ j’y allais parce que j’aimais bien danser sur l’électro, et en fait plus j’y allais et plus j’ai commencé à m’intéresser vraiment à cette musique.
Au début j’y allais vraiment pour le fun, kiffer avec des gens, et petit à petit j’ai commencé à m’intéresser vraiment au travail du DJ, je me demandais ce qu’il faisait sur la table de mixage, à triturer des potards, à faire des trucs sur leurs disques, je ne savais pas ce que cela voulait dire ! Donc j’ai commencé à m’intéresser au truc, j’ai commencé à imaginer des enchaînements aussi, et c’est à ce moment-là que je me suis dit que j’aimerais bien essayer.
Je me suis lancée et j’ai eu de la chance parce que j’avais un pote qui vendait son matos, des CDJs 800 et une DJM 400, c’était déjà du bon matos, et c’est comme ça que j’ai commencé. Alors j’ai commencé par la drum & bass, et petit à petit, j’ai essayé d’autres styles de musiques, genre electro / house, à l’époque on appelait ça la “fidget house” (La fidget house est un style de musique électronique qui incorpore d’autres styles de dance comme la rave, le breakbeat ou encore le UK garage). Je suis également passée par la phase deep house, et un jour j’ai commencé à mixer des tracks un peu plus techno, et depuis ce jour-là je suis resté dans ce style de musique.
Joues-tu d’un instrument ?
Alors oui, j’ai fait du piano et de la guitare, mais je n’ai pas un niveau de ouf non plus parce que j’ai jamais vraiment poussé la pratique. Chose que je regrette, d’ailleurs. Mais j’ai quand-même des bases de solfège, je sais comment bouger mes doigts sur un clavier de piano, et je sais toujours jouer des accords sur une guitare. Je sais que ces quelques bases musicales m’aident pour la production.

SONY DSC

Quelles sont tes influences musicales ? Es-tu admirative d’un artiste en particulier ?

J’aime bien tout ce qui est soul-jazzy, et j’aime bien les sonorités un peu reposantes, c’est à dire que dans une track techno, j’aime bien quand il y a une nappe qui arrive. Disons qu’il y a certains accords qui me touchent, que j’aime bien. Au niveau des artistes, j’aime particulièrement Shed, il est passé en avril dernier à l’Antirouille. Ses prods sont d’une puissance époustouflante, elles ont de la dynamique, du groove et du grain. Il possède son propre style et arrive à varier les rythmiques dans ses sons et pour moi, sa définition de la techno est aussi la mienne.

En novembre dernier, tu as participé au DJ contest du festival Dernier Cri, permettant aux gagnants de s’offrir une place dans la programmation d’ I ❤ TECHNO, dans quel état d’esprit étais-tu durant la sélection ?

En fait j’avais déjà participé à un grand tremplin sur Paris qui avait duré 6 mois, donc je savais à peu près à quoi m’attendre. Mais ce festival était encore différent parce qu’il y avait un jury qui regardait ta technique, des personnes qui passaient derrière toi pour vérifier ce que tu faisais, c’était encore plus stressant ! Mais par rapport au DJ contest du festival Dernier Cri, j’y suis allée avec un esprit plutôt calme, j’y ai participé sans m’attendre à être sélectionnée, et en plus de ça, je me suis dit qu’étant à l’antirouille, ça me ferait un peu de visibilité et comme je venais de débarquer à Montpellier, je me suis dit que cela serait l’occasion de rencontrer d’autres personnes, je voyais ça comme une opportunité. Bien-sûr quand j’ai commencé à jouer j’étais un peu stressée, mais l’avantage c’est qu’à l’antirouille il y a déjà un public, et en plus de ça j’ai eu la chance de passer vraiment à la fin, donc le public était déjà assez chaud.

Avais-tu une appréhension, de venir mixer au festival avec des grands noms de la scène techno ?

En fait j’ai vraiment beaucoup stressé quelques jours avant le festival, j’étais limite parano, je marchais dans la rue et je me sentais trop bizarre, je me disais que dans 2 jours je jouais à ILT et je n’étais pas comme d’habitude ! Bizarrement, quand je suis arrivée sur scène j’étais assez zen, je pense que la bouteille de champagne que j’ai ouvert avec mes copines juste avant m’a un peu aidé aussi ! Le premier set que j’ai fait c’était dans la green room pour l’ouverture de la scène, il y avait peut-être 10 personnes, et au fur et à mesure je voyais la scène se remplir et là j’me suis dit “oh putain oh putain!”. A la fin du set dans la green room j’en revenais pas, la salle était quand même bien remplie par rapport au début. Et ensuite dans la purple room, qui n’a rien à voir niveau sono avec la green room, forcément les sensations n’étaient plus les mêmes, mais je me suis quand même bien amusée !

Quel était ton ressenti après tes deux sets lors de la soirée (I love techno) ?

J’étais hyper fatiguée ! Mais après le deuxième set, on a fait un B2B avec Blank de Magie Noire, je crois qu’on a mixé une demi-heure ensemble, et après je suis partie rejoindre mes copines, je voulais profiter du festival aussi !

Pour la fête de la musique, tu as mixé sur la Place de la Comédie, devant un public qui n’est évidemment pas celui que l’on retrouve habituellement en soirée techno, voyais-tu cela comme une opportunité ? Un défi ?

Un peu des deux, mais plutôt comme un défi. On est Place de la Comédie, place principale de la ville de Montpellier, il y a du monde, des enfants, des personnes qui ne sont pas forcément habitués à écouter de la techno, donc j’avoue que je me suis quand même préparée pour faire mon set, au moins le début et je me suis pas mal prise la tête pendant quelques jours pour savoir comment j’allais commencer mon set.

Quelle atmosphère voulais-tu installer chez le public ?

J’ai préparé les 5 premières tracks, mais finalement j’ai commencé que par la 3e, celles par lesquelles je voulais commencer à la base paraissaient trop molles finalement.
Du coup j’ai commencé par Prince, j’ai joué des tracks house aussi, pour essayer d’attirer du monde, de pas leur faire peur et éviter de balancer du boom boom dès le début, j’ai essayé d’intéresser un peu tout le monde.

Peux-tu nous décrire tes impressions après ce set ?

C’était vraiment trop bien ! Je suis rentrée juste après parce que j’étais vraiment crevée, et en plus de ça j’ai joué presque 2h alors que je pensais jouer 1h30, il faisait vraiment très chaud aussi ! Vu de la scène, on voyait qu’il y avait vraiment du monde. Du coup à la fin j’ai retrouvé mes potes et j’ai remarqué que les gens étaient vraiment chauds, je ne m’attendais pas à cela du tout, mais finalement c’était vraiment ouf !

Tu n’es pas seulement DJ, tu travailles également dans le cinéma, peux-tu nous en dire plus ?

Oui je travaille aussi en tant qu’assistante son, c’est à dire perchman sur des tournages, cela m’arrive aussi de travailler sur des reportages, des documentaires en tant qu’ingénieure du son, donc dans ce cas-là je suis toute seule et je me promène avec mon enregistreur et je perche en même temps. Après sur les tournages, mon travail c’est de percher les dialogues des acteurs, mais aussi d’équiper les comédiens de micros, qu’on ne voit jamais parce qu’ils sont bien cachés, et maintenant surtout sur les séries TV, ces micros sont obligatoires car les configurations font que parfois, on ne peut pas aller bien chercher les comédiens à la perche. C’est une sorte de sécurité pour la prise de son. Cela va maintenant faire 4-5 ans que je bosse là-dedans.

Certains journalistes et rédacteurs musicaux parlent de la techno comme une sorte d’effet de mode, qu’en penses-tu ?

Elle est un peu dure cette question, mais très intéressante parce que ça fait réfléchir !
Effectivement, la techno est très demandée en ce moment, de plus en plus de gens s’y intéressent. On le voit bien sur les lines-up de festivals, les artistes techno sont très représentés comparé à il y a 10 ans. Je pense qu’il y a eu un moment où la techno a connu un nouveau souffle, avec l’arrivée des producteurs comme Blawan ou Perc, qui ont amené le côté brut et industriel à cette musique. On s’est intéressé à ce nouvel aspect de la techno, on l’a adopté, on continue à le développer et à l’aimer.
En revanche, je parlerai “d’effet de mode” pour les choses qui ont été engendrées par le développement de la scène techno, pas de la musique en elle-même. Si on prend comme exemple Paris, on dit que c’est la Concrete qui a contribué au renouveau de la scène électronique parisienne. C’était l’un des premiers à proposer un truc complètement différent du format club habituel, une fête le dimanche de 7h à minuit, voire plus, juste une ou deux fois par mois sur une péniche… ça avait un côté hyper précieux et c’était tout nouveau. Ils ont réussi à promouvoir des styles de house et de techno que les gens ne connaissaient pas forcément, et ça a attiré plein de monde. Tout ça a donné un coup de boost sur la scène électronique parisienne, et d’autres assos et collectifs ont commencé à imaginer de nouveaux concepts de soirées, à chercher des lieux atypiques pour faire la fête. Maintenant on trouve souvent des open airs ou des soirées dans des warehouses.
Ça a donné aussi naissance à des festivals comme Weather, Peacock et Marvellous Island, dans des lieux accessibles par les transports en commun, donc accessibles à un plus grand public.
Le public tendance amène un style vestimentaire particulier, et même une certaine manière de danser. On découvre une nouvelle façon de faire la fête, et on aime aller dans ces lieux atypiques comme le Berghain : je pense que la queue pour y entrer n’a jamais été aussi longue qu’aujourd’hui. Et ça attire tellement la curiosité que même les non-technophiles sont prêts à faire les 3 heures de queue pour essayer de rentrer.
Tous ces trucs qui se sont créés autour de la techno entraînent un effet de mode. Ça évolue sans cesse avec le temps et je trouve ça marrant d’observer ces changements, ça reflète la société.

Tu as déjà mixé dans plusieurs grandes villes (Paris, Montpellier, Marseille, ..), quel est ton meilleur souvenir en tant que DJ ?

J’allais dire bien évidemment ILT et la Fête de la Musique à Montpellier que j’ai décrit précédemment. Mais je pense aussi à un autre gig : celui de la Fête de la Musique à Paris en 2017. C’était avec E-Klozin’, un collectif parisien dont je fais partie depuis le début de l’année. Ils investissent tous les ans un endroit sous un pont du Canal St-Martin, et chaque année ça ramène un monde de dingue. Cette année-là, il faisait chaud. Mais vraiment très chaud pour un 21 juin à Paris. À 18h il faisait encore plus de 30°C, la température ne descendait pas, les gens continuaient à venir et il faisait encore plus chaud. On a eu quelques coupures de courant à cause de la chaleur et le caisson de basses a lâché vers le milieu de la soirée. Je devais jouer à la fin, et j’avoue que je n’étais pas rassurée de voir ces pannes !
Mais malgré les soucis, le public était toujours là, et en voulait plus. Les gens étaient complètement fous, excités, moi aussi j’étais nerveuse, j’avais qu’une hâte : c’était de jouer et de me défouler. Une fois arrivée derrière les platines, j’ai tout balancé. Je n’avais qu’une heure de set, j’ai envoyé un condensé de “gros sons” hahaha. Ce soir-là, j’ai pu m’exprimer comme je voulais, et j’ai bien senti que le public était avec moi. À la fin de mon set j’avais l’impression de sortir d’un ring tellement ça m’avait rempli d’adrénaline.
Il n’y a pas meilleure satisfaction que quand le public est sur la même longueur d’onde que toi !

A l’avenir, où peut-on te voir jouer ?

Pour l’instant je n’ai pas de date. Mais j’ai rejoint Magie Noire, avec qui j’ai joué dans une pool party aux côtés de Franck Roger en juin. J’espère avoir quelques dates à partir de la rentrée, sur Montpellier ou dans d’autres villes !

Une musique préférée pour finir un set ?

Cela dépend vraiment du moment, mais à la fête de la musique, j’ai fini avec un morceau que j’ai toujours rêvé de jouer dans ce genre de condition, c’était “Born Slippy”, de Underworld.

Site Internet / Facebook / Soundcloud

À propos de l’auteur

Marius Sergent administrator

Directeur Artistik (High Potential) / Promotion Media (Interaktion Elektro Projekt) / Artiste (Kour[t]-Cirkuit--Chicuss)