Archive de l’étiquette Lyon

ParHigh Potential

Diane

Rencontre avec Diane, DJette et productrice lyonnaise, organisatrice des soirées Cytochrome et synthèse parfaite de la rencontre entre la musique électronique et industrielle.

Diane, avant d’arriver à la musique électronique, tu as une formation au conservatoire : en quoi cette formation a-t-elle influencé ta trajectoire dans les musiques électroniques ?

Depuis que je suis née, je vis avec la musique puisque mes parents sont musiciens. A la maison, on écoutait essentiellement de la musique classique mais aussi différents styles de musiques (opéra, rock, jazz, chanson française…). Cette formation au conservatoire m’a fait réaliser que l’académisme n’est pas ma tasse de thé et que je n’étais pas à l’aise avec le scolaire, l’autorité en général. J’avoue que cette formation m’a apporté de la structure dans mon travail, des connaissances et un savoir faire qui est notable ; mais très vite, j’ai voulu faire sonner la musique à ma manière. Je voulais créer ma propre méthode. Les musiques électroniques offrent une certaine liberté tout en intégrant une trame solide et je m’y retrouve. De même, je suis attirée par les musiques étranges ou celles qui échappent à mes habitudes musicales. J’aime l’effet de surprise et le questionnement qu’elles peuvent susciter.

On dit que le milieu électro reste un milieu macho : quel est ton sentiment sur ce point ? Y a-t-il un féminisme à l’œuvre chez les artistes en musiques électroniques ?

Je me suis toujours positionnée comme un être humain avant d’être une femme. Mais je dois souligner le fait que de plus en plus les femmes s’expriment, sur la scène ou ailleurs. C’est très bien. J’aime la musique et c’est ce qui compte le plus pour moi. Et de toute façon, que ce soit un homme ou une femme, je constate qu’il y a toujours des rapports de force. En réaction, je me place dans un espace-temps et une esthétique au-delà des contingences matérielles et sociétales. Je recherche justement une forme d’universalité en impliquant la musique, un domaine, un monde où nous sommes égaux sur le plan sensoriel et sensitif. Avec ces conflits inter-sexe, nous perdons cette unicité. La musique, pour moi permet de la retrouver. J’imagine un humain du futur affilié à une sorte de matrice intellectuelle. On pourrait parler d’un nouvel humanoïde Cyborg peut être…

Tu es résidente au Terminal à Lyon : pourquoi avoir choisi ce club pour développer ta résidence ? Quel est la particularité de ce club à la réputation techno bien trempée ?

J’ai été résidente au Terminal pendant 5 ans. On m’a proposé une résidence au Terminal après avoir mixé à l’inauguration des Nuits Sonores en 2012. C’était un honneur de pouvoir m’exprimer et proposer des artistes qui me tiennent à cœur. J’ai donc développé le concept de Cytochrome. Le Terminal est un club intimiste et familial. Tout le monde se retrouve, c’est chaleureux.

Comment perçois-tu personnellement la scène locale ? Existe-t-il une solidarité entre les acteurs de notre culture ?

La scène lyonnaise est en pleine explosion, notamment grâce à la vitrine des Nuits Sonores. Depuis quelques années il y a de nouveaux talents qui émergent et je trouve ça génial, je m’intéresse à leur musique. Il y a une infinité de potentiel et d’univers proposés à Lyon : c’est une fourmilière quand on fouille. Concernant la solidarité entre les acteurs de notre culture , tout dépend… C’est un peu comme partout, il y a des crews et des esthétiques qui se regroupent.

Tu fais partie de l’association Cytochrome : quel est le concept de la structure ? Quelles sont tes plus belles réussites avec ce projet ?

Cytochrome est un concept que j’ai créé. Le cytochrome est une molécule dans l’organisme responsable de la vie et de la mort cellulaire. Un cycle mort/vie se renouvelant, en perpétuel mouvement. Je trouve que le cycle en mouvement et la vie après la mort représentent tout à fait la Techno : les boucles, le recommencement, comme l’éternel retour dans l’œuvre de Nietzche. C’est ce que j’ai voulu symboliser dans ces soirées. Quant à la réussite… Ça dépend de ce qu’on entend par réussite. Je dirais plutôt des soirées marquantes, des temps forts autant musicalement qu’humainement. Les soirées réussies sont celles où se réalise une osmose entre le DJ et le public. C’est pourquoi les soirées sont toutes différentes et uniques les unes des autres, c’est le live. C’est une réussite pour moi de proposer des soirées différentes.

Coté production, tu as sorti récemment un free EP, « Azimut EP » : peux-tu nous en dire plus sur cette sortie ? Comment composes-tu ? Avec quel matériel ? Sur quels labels aimerais-tu signer ?

Dans cet EP « Azimut », je raconte mon histoire depuis 2012, quand j’ai commencé à mixer. Je l’ai appelé Azimut pour illustrer chemins, événements et imaginations qui ont traversé mon esprit depuis ces 5 dernières années. En terme de matériel, j’utilise Ableton, enregistre des sons avec le zoom, des samples, VST et mon Elektribe EMX 1. Chaque morceau dans cet EP contient un message.

Dans « Girl on the escalator », j’aborde la question de la femme : les questionnements et le sujet de controverse qu’elle suscite depuis des siècles, et aujourd’hui encore. Remarquable, intrigante, impressionnante, au détour d’un regard, on la croise dans l’escalator… J’ai associé des bribes de texte de Bukowski pour venir appuyer la place de la femme dans l’esprit du poète.

« Malaise » : fameuse sensation d’angoisse bien connue de tous. J’ai voulu faire une allégorie du malaise par le ton ironique et répétitif d’un personnage qui, sur la fin déguste son beef -steack sans émotion sur fond de musique , pendant que son pote agonise à terre.

« LXX » (dont un remix de Xâm) : la marche du Roi Louis XX. Il n’existe que dans un monde parallèle. Prestance, élégance et démarche majestueuse dans un cadre chaotique de lutte armée . Garder la face en temps de guerre. Louis XX, mi -homme mi-dieu incarne à la fois puissance , magnificence et décadence.

« Maintenant ça suffit » : marque la fin d’un cycle et/ou des schémas répétitifs. Combat contre ses démons coriaces symbolisés par des chauves-souris mutantes, cris stridents entre damnation et rédemption.

Quels sont les genres de musiques électroniques que tu affectionnes particulièrement ? Quels sont selon toi les tracks/albums qui ont marqué ton propre parcours dans les musiques électroniques ?

J’aime beaucoup la Techno et L’Industrielle essentiellement pour leur puissance. La dark wave/ new wave pour le côté année 80 qui m’a inspiré depuis que je suis petite et que j’écoute la radio. Les rythmiques appuyées et le côté rock métal post punk qu’on retrouve dans le genre EBM. La transe des années 90 aussi pour le côté «électro-chamanique ». Le Rock Industriel qu’on retrouve chez Nin Inch Nails mais aussi chez Marilyn Manson qui a bercé mon adolescence. J’écoutais pas mal de rap aussi avec ces groupes qui sont devenus mythiques : Fonky Family, NTM, I AM, Snoop Dog, Cypress Hill, Dr Dre.

The Hacker – The brutalist (Different, 2004) : l’artiste qui a le plus influencé mon parcours dans la musique électronique, notamment par ce track pour son côté acid rave.

Laurent Garnier – Crispy bacon (F Communication, 1997) / Paul Kalkbrenner –  Berlin calling (BPitch Control, 2008) : avant de commencer à mixer, j’écoutais pas mal les classiques techno. Puis en développant mes recherches, je me suis orientée vers une techno plus sombre et plus expérimentale tel que les labels Stroboscopic Artefact, Kanding Ray ou encore Vatican Shadow.

Paula Temple – Gegen (Noise Manifesto, 2014) : gros coup de foudre pour sa techno déstructurée et percutante.

The Soft Moon – Being (Ancient Methods remix) (Aufnahme + Wiedergabe, 2016) : Anciant Method allie merveilleusement bien Techno et post punk, notamment dans ce remix pour The Soft Moon. J’aime beaucoup cette nouvelle mouvance de la Techno Industrielle comme le label T/W\B.

Daft Punk – Around the world (Virgin, 1996) : l’un des premiers sons «électro » qui m’a marqué.

Eric Sera – Le Cinquième élément (Virgin, 1997) : la bande originale d’Eric Serra qui m’a beaucoup inspirée avec ses textures et son univers futuriste.

Robert Miles – Children (DBX records, 1995) : une atmosphère mélancolique et puissante à la fois.

Quel est ton point de vue sur la scène alternative type free-party ? Es-tu sensible aux sonorités de type « core » ? As-tu déjà eu l’occasion de jouer sur cette scène ?

La scène alternative est toujours intéressante, c’est un autre cadre que j’adore : une autre philosophie, étonner, rassembler les gens… Je devrais y aller plus souvent à vrai dire.

Quels sont tes projets à venir ?

Actuellement je travaille à mon prochain EP. Et les soirées Cytochrome reprennent au Diskret, Lyon 3e.

Ton mot de la fin ?

Au delà des limites tu ressuscites…

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