Archive de l’étiquette Bass

ParLoïc Pineau

Glitch

Glitch est un jeune producteur de musique électronique originaire de Valence. Tout d’abord guitariste et batteur dans un groupe de métal, il découvre l’univers de l’électro lors de ses études et décide de se lancer dans la production. Rencontre avec cet artiste, alors en pleine recherche de label pour sortir son premier EP.

Pourrais-tu définir ce que représente ta musique?

J’ai trois influences principales, qui sont la house, la techno, et la trance. Ce sont les trois piliers de ma musique. Au départ, je faisais beaucoup de recherche technique, avec une idée très « électronique », physique du son, en essayant de savoir comment fonctionne un synthétiseur, comment modifier un sample par exemple, et je jouais beaucoup sur ces expérimentations. Mais maintenant ça s’affine sur un dialogue entre les trois styles que j’ai cité. Je créé de la musique assez dark et un peu torturé, mais quelques fois, ça m’arrive de composer des morceaux joyeux ! (rires)

Quels sont les artistes qui t’ont le plus influencé?

J’ai beaucoup de mal à répondre à cette question. Ils sont très nombreux. Si on parle d’un style spécifique, je peux donner 2-3 noms d’artistes que j’apprécie, mais je n’ai pas une liste de noms en particulier, je suis incapable de dire de but en blanc quel est l’artiste qui m’a le plus influencé.
Ha si, il y a les Creedence (Clearwater Revival, ndlr), ça n’a rien à voir avec la musique que je fais et j’en écoute assez peu, mais c’est vraiment un groupe intemporel pour moi ! (rires)
Je ne suis pas quelqu’un qui écoute beaucoup de musique, en général. C’est surtout les gens avec qui je vis, mes potes, qui me font découvrir beaucoup de choses et m’apportent des influences, moi j’ai tendance à rester dans ce que je connais déjà. Je suis tout le contraire d’un digger !

Être musicien en amont, est-ce important pour produire sur des logiciels de MAO?

Si je n’avais pas été musicien, je ne me serais sûrement pas lancé. Ça aide, mais pas nécessairement. Tu peux faire de la musique sur ordinateur sans avoir touché un instrument de ta vie, sans formation musicale. Mais si tu veux faire ce qu’il te plaît et sans compromis, il y a une certaine forme de théorie à acquérir, une idée de ce qu’est la musique, le son. Au-delà de la formation musicale, il y a aussi la formation physique: qu’est-ce qu’une onde sonore, comment la fabriquer, etc…
Devant un écran, tu es vraiment détaché d’un instrument réel, ce qui est représenté sur le logiciel ne représente rien concrètement. Tu cliques sur les boutons, mais si tu ne sais pas ce que ça induit réellement sur le signal sonore, pour moi c’est compliqué d’aller plus loin. Pour revenir à la question, au départ, ce n’est pas très important d’être musicien, même si ça peut aider, mais au bout d’un moment, je pense qu’il est important d’avoir des bases en solfège, connaître un peu l’harmonie, pour savoir de quoi on parle lorsqu’on commence à composer.

As-tu une manière spécifique de composer?

Je compose souvent sur un temps très court, qui correspond à un moment, un état d’esprit particulier. J’ai une manière assez impulsive de travailler. Je sais quand j’ai envie de faire de la musique, mais je ne sais jamais où est-ce que mes inspirations vont me mener. Par contre, j’ai beaucoup évolué depuis mes débuts: aujourd’hui, je crée mes ‘templates(projets pré-configurés dans le logiciel, ndlr) que j’étoffe au fur et à mesure, avec des effets, des sons, et un mixage pré réglés. Quand je démarre un projet, j’ai une structure déjà faite, et ça m’oriente vers le son global que je veux avoir.

Quels synthés utilises-tu?

Je travaille sur le logiciel FL Studio depuis que j’ai démarré la production, et j’utilise un synthé en particulier sur 95 % de mes sons, pour mes basses ou mes mélodies : c’est un plug-in qui s’appelle Harmor. Pour moi, on peut tout faire avec, même si je ne le maîtrise pas encore à fond. Je trouve ça plus intéressant d’utiliser peu d’instruments mais de savoir les maîtriser parfaitement, plutôt que d’avoir 10 VST (plug-in de simulation de synthés et machines physiques, ndlr) différentes et ne pas utiliser tout le potentiel qu’elles peuvent fournir. Moi qui n’utilise pas de presets (pré-réglages qui donnent des sons déjà crées et prêts à être utilisés, ndlr) et qui créé tous mes synthés, comme je maîtrise bien Harmor, je peux faire ce que je veux avec. Je me disperse moins entre mes instruments, mais ça me demande plus de recherches et d’expérimentations, et ça me convient, puisque c’est un travail qui m’intéresse beaucoup.

Tu préfères jouer en DJ set ou aimerais-tu te lancer dans un live?

J’ai déjà fait 10 ou 15 sets en public, ça me plaisait bien, jusqu’au moment où j’ai commencé à mixer mes propres sons. Pour ma part, je ne pense pas que ce soit la meilleure manière de me vendre en tant qu’artiste, car mes tracks mélangés aux autres me donne l’impression de perdre la nature même de ce que j’ai voulu exprimer avec ma musique.
Actuellement, je réfléchis sur un live, mais ça me demande plus de contraintes techniques (quel matériel utiliser, quels tracks retravailler), tu ne peux pas juste prendre des morceaux que tu as sorti il y a 4 ans et les jouer à la suite pendant une heure et demie. Il faut vraiment repartir de zéro. J’aimerais ajouter des instruments acoustiques aussi, la dualité instrument classique/machine numérique dans la musique me fascine.

Quelle histoire veux-tu raconter à travers ta musique?

Je préfère parler en termes d’émotion. Comme je le disais, je travaille souvent sur la spontanéité. En une après-midi, je peux composer, mixer une track, et la sortir le soir même sur Soundcloud. Un morceau correspond à un état d’esprit.
Dans ma tête c’est très visuel, je me raconte une histoire mais je ne la formalise jamais en tant que telle. Pour moi, les sons représentent des images, un monde, un état d’esprit. Le public n’a pas forcément la même interprétation que moi, et j’aime avoir des retours sur les sensations différentes qu’ont pu ressentir les gens en écoutant le même morceau. C’est rare quand j’ai vraiment un propos précis car j’utilise peu de paroles. On peut dire que ma musique est à la fois une transmission d’émotions et une œuvre qui laisse place à la réflexion.

Tu refuses de faire payer ta musique, est-ce un choix ou bien une contrainte de la réalité?

C’est à la fois une contrainte de la réalité car il est difficile aujourd’hui pour un artiste de vivre uniquement de la vente de disques, et à côté de ça, j’ai grandi avec internet, Youtube, tous ces services gratuits, qui me permettaient d’écouter de la musique gratuitement, donc pourquoi je ferais payer mes tracks alors que j’ai rarement acheté la musique des autres? En plus, j’ai beaucoup de mal à mettre un prix sur une œuvre artistique. Pour moi, sa valeur n’a rien à voir avec l’argent. En quoi un tableau d’un grand peintre qui vaudrait des millions serait mieux que la toile du voisin qui fait de la peinture amateur? Ce n’est pas à moi de décider si mes disques valent 5 ou 70 euros. Donc ma musique est une offrande au public! (rires)

Quels sont tes projets à venir?

J’ai un EP que je viens de terminer, je suis actuellement en recherche de label. J’ai aussi un autre album qui n’est pas encore sorti, un peu comme un album concept : c’est une histoire racontée sur ma musique, par un comédien. Mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant, j’aimerais garder ce projet secret !
Et puis travailler sur mon live, surtout, et continuer à produire. J’ai dépassé les 120 tracks sorties sur Internet, et je n’ai pas envie de m’arrêter.

 

Retrouvez Glitch sur Internet :