Archive de l’étiquette agence artistique

ParRichard B

High Potential

Rencontre avec Anthony Beauchet, créateur et dirigeant de l’agence artistique Lyonnaise « High Potential » ! Il nous fait découvrir son projet innovant et fédérateur dans la gestion de carrière de Dj House et Techno et plus encore !

Avant de nous parler de ton agence artistique, parles-nous un peu de toi ! Qui es-tu ? Quel est ton parcours ? Et quelles sont les diverses activités qui te lient à la musique électronique et notamment ton association Interaktion Elektro Projekt ?

Je m’appelle Anthony, passionné de musiques électroniques depuis la fin des années 1980 et la vague Acid House. Comme beaucoup, j’ai été frappé par la musique House et Techno de l’époque : de nombreuses raves parties, des soirées en clubs, des free-parties et teknivals… Puis la découverte du mix en 2003, ma première scène en 2004 sur Paris… De nombreuses associations fondées et gérées : des webzines, agences de booking, organisations d’évènementiels. J’ai même bossé dans la prévention en milieu Techno et fait de la recherche en sociologie sur les teufs ! Beaucoup d’expériences et de rôles différents qui m’ont permis de comprendre le monde de la musique électronique.

Interaktion Elektro Projekt et mon dernier projet associatif réunissant des passionnés comme moi. Une aventure lancée avec 2 amis (Sab Macintosh et Axel Nirka) avant de s’ouvrir à d’autres passionnés, la plupart Djs. De formidables rencontres et partenariats avec des radios, des labels, des organisateurs. Aujourd’hui une dizaine de membres réalisent des interviews et inventorient les acteurs de la musique électronique sur la région Auvergne-Rhône-Alpes. Depuis 2018, nous sommes membres de la fédération régionale des musiques actuelles Grand Bureau. Nous sommes progressivement en train de muer vers une professionnalisation de l’association avec un conseil d’administration composé d’entrepreneurs de la culture et une reprise de l’association par High Potential.

Qu’est ce qui t’as donné l’envie, un jour, un matin, de créer ta propre agence artistique au sens large du terme ? Quel a été ton constat de départ ?

J’ai aussi été un Dj à la recherche de booking. Je me suis pris des revers et j’ai compris rapidement que pour tirer son épingle du jeu, il faut se la jouer collectif. Le monde électronique est très individualiste et tend à oublier que tout Dj a un jour débuté avant de s’envoler (ou de péricliter dans la férocité de notre culture). Ce qui m’a toujours étonné, c’est que la culture électronique évolue mais ne change pas ses vieilles habitudes. Il y a eu l’époque de la stigmatisation dans les années 1990 où tout ce qui était Techno rimait avec drogue. Puis une forme de reconnaissance à la fin des années 1990 avec une scission entre la Techno légale et illégale : les free-parties sont devenues la face alternative de notre culture, rejet du consumérisme et du star system. Il y a eu ensuite l’impact d’Internet et la crise du disque à laquelle la musique électro a cru échapper. Enfin depuis le début des années 2010, l’électro s’est professionnalisée avec des festivals partout, des têtes d’affiche à gogo et le règne de la stratégie digitale (réseaux sociaux, data…). A chaque fois le même constat : dès que l’argent pointe le bout de son nez, l’individualisme et l’égoïsme font surface.

Certains anciens de la rave ont manqué le coche du digital, d’autres plus jeunes font carrière grâce au air Dj et la touche SYNC. La musique est devenue marketing : savoir mixer ne suffit plus. Il faut produire, développer un univers, faire le show… C’est une évolution logique dès qu’un mouvement culturel est récupéré. Mais derrière tout ça, quelle place accorde-t-on à l’émergence ? Où sont passés les tremplins Dj ? Les open mix ? Tout ça a disparu pour laisser place à une industrie rentable (96 millions d’euros pour la Techno et la House en 2016 selon la SACEM, et je vous parle pas du chiffre de l’EDM). Le Dj est aujourd’hui seul, devant gérer sa musique, son image, ses réseaux sociaux, le plus souvent en méconnaissant l’industrie musicale dans laquelle il met les pieds. Ces Djs là sont nombreux, je dirai même qu’ils sont majoritaires : ils mixent au rabais (quand ce n’est pas gratuitement), récoltent les miettes de la scène électro (quel pied de mixer devant des gens assis dans un bar à moitié vide !), se font arnaquer (certains patrons exploitent la précarité de Djs avides de jouer coûte que coûte)… Bref, tout ça m’écœure. Ça me révolte de voir que l’industrie électronique se glousse d’un succès qui ne profite qu’à des privilégiés. Ça me tue enfin de voir que ceux qui réussissent deviennent égoïstes et oublient qu’eux aussi ont débuté un jour…

C’est pour ça que High Potential est né. Une façon de rappeler que le milieu électro n’est pas un monde de paillettes à l’argent facile. L’agence se propose d’être une alternative à l’existant, en valorisant une approche humaine (la qualité plutôt que la quantité) et solidaire (la coopération plutôt que l’individualisme). Notre agence va volontairement à contre courant pour réellement développer le potentiel émergent des artistes en musiques électroniques, et notamment les Djs.

 « High Potential Agency » est née en Avril 2018 ! Elle gravite autour de 3 axes principaux : La formation, le coaching et la gestion de carrière ! Dis-en nous un peu plus !

Ça va paraitre bête, mais quand on parle d’émergence, le spectre est super large. En gros, l’émergent pour nous, c’est celui qui n’est pas professionnel. Ça veut dire que l’émergence, ça commence par l’idée de devenir Dj jusqu’à la professionnalisation. On a tendance à confondre l’émergence avec le développement d’artistes : quand on développe, c’est qu’il y a déjà de la matière (des bookings, des signatures sur labels…). Nous avons développé 3 services pour répondre aux différents stades de l’émergence parce que les besoins ne sont pas les mêmes.

  • Le stade 1, ce sont les novices : ils découvrent l’univers de la musique électronique. C’est généralement le moment où des personnes souhaitent sortir du simple rôle de participant pour devenir acteur de leur culture. Pas simple de se lancer dans la musique quand on ne sait pas comment ça fonctionne ! C’est pour ça que High Potential a développé un pôle formation pour permettre à chacun de comprendre, expérimenter et se perfectionner dans le monde de la musique électronique fort complexe. Nos formations abordent l’Histoire (les genres, la technologie, le métier de Dj), l’écosystème (le droit des artistes, les différents professionnels au contact de l’artiste), l’initiation et les cours particuliers au mix et à la MAO. Toutes nos formations font participer les artistes et partenaires de High Potential (récit d’expérience, transmission de savoir et savoir-faire).
  • Le stade 2 s’adresse aux Djs qui commencent à avoir des dates, des signatures labels mais qui se trouvent confrontés à leurs propres limites (lieux ou labels inaccessibles). Souvent, ils n’ont pas d’univers artistique (être un Dj comme les autres) et n’ont pas de réelle stratégie de carrière (opportunités saisies au petit bonheur la chance). High Potential propose des services marketing et stratégique en fonction des besoins de chaque Dj/producteur. Il peut s’agir de développer son univers au travers d’un site, de photos, de vidéos, d’une bio ou encore d’un logo. Ce peut être également des heures de coaching pour développer une stratégie. En général, les demandes concernent la scène, la production ou la professionnalisation. Les services proposent des formules adaptables aux besoins et budgets de chacun.
  • Le stade 3 correspond aux artistes professionnels qui ont besoin d’un manager sur la longue durée. Le manager, c’est avant tout le protecteur des intérêts de l’artiste : il conseille, coache, vérifie les contrats, développe la notoriété, les relations presse, entoure l’artiste d’une équipe professionnelle pour accroitre ses revenus (bookeur, éditeur notamment). C’est un travail de confiance entre l’artiste et le manager avec une grande part de psychologie (nul n’est infaillible, surtout dans l’industrie musicale). High Potential gère 10 Djs/producteurs émergents en House et Techno. Un système de parrainage entre artistes émergents/confirmés permet de recréer de la solidarité entre nos artistes tout en créant de nouvelles opportunités pour les artistes confirmés (booking en duo avec l’émergent qu’il parraine) et les artistes émergents (profiter de la notoriété des artistes confirmés pour accéder à des scènes jusque là inaccessibles).

« High Potential »  privilégie l’accompagnement et la gestion  des jeunes talents et les émergents du secteur de la musique électronique. Est-ce un choix stratégique ? Ou plutôt une conviction personnelle ?

Nous préférons parler d’émergents plutôt que de jeunes talents car l’émergence n’a pas d’âge. Le choix de la musique électronique s’est imposé à nous car j’ai développé une affinité particulière avec ce milieu : j’en connais les codes mais aussi les pièges. La stratégie de High Potential est, comme je l’ai dit, d’aller à contre courant de la plupart des agences de booking qui ne s’intéressent pas à l’émergence comme nous l’entendons : la plupart se focalisent sur les têtes d’affiche, la pluralité des genres (Electro, Rock, Hip Hop…) ou les prestations live (le Dj tend à devenir un groupe pour être un spectacle sur scène). Au cours de ma formation en master 2 en management de carrière d’artistes (Lyon II), j’ai retenu cette phrase d’un entrepreneur culturel : « l’innovation dans la musique, ce n’est pas faire de l’argent là où tout le monde est déjà mais plutôt là où personne n’est encore allé ». Chez High Potential, nous sommes convaincus par l’accompagnement d’artistes émergents en musiques électroniques parce que tout le monde s’en fout et pense que ce n’est pas un marché rentable. Nous pensons au contraire que non seulement le marché existe, mais qu’il constitue la majorité des artistes. Nous parlons bien de « marché » car le tout gratuit n’existe pas : nous recherchons néanmoins des compromis pour que nos services restent abordables grâce à la solution de différentes formules. High Potential a donc fait un choix stratégique, disons plutôt une prise de risque, en s’appuyant sur des convictions personnelles. Ce qui nous motive, c’est le défaitisme à la française : plus on nous dit que nous sommes fous d’aller sur ce marché de l’émergence peu rentable, plus on s’y développe.

« High Potential »  s’adresse au milieu House et Techno en premier lieu sur le plan des bookings. Si demain un Dj Minimal, Deep ou EDM… décide de rentrer dans l’agence est-ce possible ?

High Potential a effectivement d’abord ciblé la House et la Techno pour des raisons affinitaires. La « Minimale » ou la « Deep » ne sont pas pour nous des styles à proprement parlé mais des dérivés de genres existants : on parle de « Deep House » comme de « Deep Techno », idem pour la Minimale. Mais effectivement, nous avons d’abord ciblé des genres où l’on se sent le plus à l’aise. Rien ne nous interdit demain d’évoluer vers d’autres genres électroniques : cela se fera en fonction de nos futurs collaborateurs ayant la connaissance de ces milieux. Nous ne sommes pas sectaires et revendiquons aussi bien les genres commerciaux qu’underground. Ce qui importe, c’est d’être bon dans ce que l’on fait plutôt que de multiplier les genres sans en maitriser les codes et les réseaux. Il est probable aussi à l’avenir que High Potential gère d’autres types d’artistes comme des VJ, du mapping ou encore des instrumentistes (percussionniste, saxophoniste, etc.). Mais chaque chose en son temps : nous avons à peine un mois d’existence…

En un mois d’ouverture, l’agence manage déjà 3 artistes venus des 4 coins de la France si je puis dire sur un total de 10 artistes maximum souhaité par l’agence. Comment expliques-tu ce début de succès ?

L’agence manage en effet Mathias D. (Toulon), Chicuss (Chambéry) et Max Muller (Carcassonne). C’est à chaque fois une histoire de feeling  et d’humanisme qui nous a poussés à sélectionner ces artistes. Contrairement à la formation, au marketing culturel et au développement stratégique, nous voulions que le management ne s’enferme pas sur son territoire et s’ouvre à d’autres régions. C’est l’idée même du booking que de s’exporter pour aller à la rencontre de différents publics. Au-delà d’un critère géographique, chaque émergent dont nous nous occupons a ses force et ses faiblesses : certains sont des producteurs chevronnés, d’autres plutôt addict de la scène, d’autres enfin cumule les deux. Manager différents profils nous permet de ne pas tomber dans la routine : chaque management devient un challenge, une aventure et un partage qui profite autant à l’artiste qu’au manager. Les premiers artistes confirmés vont bientôt faire leur rentrée dans l’agence : D’Jamency et Dan Corco ont accepté chacun de parrainer un artiste émergent. D’autres artistes vont rejoindre l’aventure : des Djs résidents, des livers… Mais vous n’en saurez pas plus pour le moment.

Quel est l’effectif de l’entreprise aujourd’hui ? Es-tu as la recherche de collaborateurs ? Si oui dans quel domaine ?

High Potential est une micro-entreprise, donc composé d’une seule personne. Mais le projet se développe avec beaucoup de collaborateurs, dont les artistes font également parti. Il y a déjà une équipe marketing en train de se constituer, composée aujourd’hui d’une photographe (Laurence), d’un webmaster (Benjamin) et de moi-même (éditorialiste). Nous recherchons un vidéaste et un infographiste sur Lyon pour avoir l’équipe au complet. Je commence également à me rapprocher d’organisateurs de soirées pour gérer des échanges Djs et développer le volet booking/tournée de nos artistes sur la région Auvergne-Rhône-Alpes. Enfin, nous avons des projets de programmation de lieux liant notre manager avec l’un de ses Djs. Tout ça est en cours de négociation et je préfère ne pas trop en dire pour l’instant… Nous recherchons également 6 Djs/producteurs émergents en House et Techno : n’hésitez pas à postuler si notre agence vous intéresse. Et pour suivre notre actualité, abonnez-vous à notre page fan Facebook.

Quels objectifs t’es tu fixé d’ici à 1 an ?

D’ici un an, j’aimerais que High Potential soit davantage connu et reconnu pour son travail d’accompagnement des artistes émergents en musiques électroniques, notamment sur la région Auvergne-Rhone-Alpes. Nous venons de récupérer Interaktion Elektro Projekt pour professionnaliser l’association et en faire un média et un site ressource pour les acteurs de la région Auvergne-Rhône-Alpes (annuaire en cours de constitution qui sera accessible en ligne gratuitement). J’espère aussi que nos Djs émergents auront évolué et que certains auront gagné en notoriété.

Que peut-on te souhaiter pour l’avenir ?

L’avenir pour High Potential, c’est de devenir rentable. Il y aura forcément des levées de fonds (pour l’entreprise) ou des recherches de subventions (pour l’association) afin de pérenniser l’aventure. L’innovation restera notre leitmotiv : nous proposerons prochainement des sites web tout clé en main pour les artistes. Nous souhaitons toujours plus de partenariats, de collaborations avec des gens compétents venant enrichir le savoir et savoir faire de notre entreprise. Nous souhaitons enfin apporter un espoir à tous les artistes émergents et satisfaire au maximum leurs besoins.

Le mot de la fin…

Ce n’est que le commencement. J’ai envie de dire aux artistes émergents en musiques électroniques : « vous n’êtes plus seuls. Unissez-vous, professionnalisez-vous et osez… Car les têtes d’affiche de demain, c’est peut-être vous ! ».

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