Spectrowave records

ParHigh Potential

Spectrowave records

Rencontre avec Cédric Moullet, manager de label techno Spectrowave siégeant à La Ciotat.

Peux-tu nous présentez ton label en quelques phrases ?

Spectrowave records est né en 2015, sous un autre nom que nous n’avons plus le droit d’utiliser pour des raisons juridiques. L’orientation du label est Techno au sens large, dans une conception proche de la Techno des années 90 qui se distinguait d’autres cultures électroniques comme la House, la Trance ou le Hardcore. Sur notre label, des artistes comme Vondkreistan très dark techno cohabitent aux cotés d’artistes comme Adrian Wreck produisant une techno plus industrielle et atypique. Cette diversité permet de créer une certaine émulation autour de remixes entre artistes du label avec des résultats toujours surprenants. Le 10 mars prochain, on sortira avec fierté notre 7ème EP.

Pourquoi avoir choisi le nom « Spectrowave» ? Quelle est la philosophie du label ?

 L’histoire du label nous a douloureusement démontré que les noms courants sont souvent déjà déposés. Après nos déboires juridiques autour de l’ancien nom, je cherchais quelque chose d’atypique dans l’esprit des labels des débuts comme Metroplex, Transmat ou Sinewave par exemple et j’ai fini sur Spectrowave. Aucun sens particulier si ce n’est que le label est situé à La Ciotat où on entend les vagues… La philosophie du label est de ne pas se prendre la tête. On s’embête pas avec des histoires d’étiquettes, ni avec des objectifs particuliers. On sort les artistes qui nous plaisent et qui ont un bon esprit. Le hasard des rencontres reste notre moteur.

Spectrowave est une subdivision du label français So French records : qu’est-ce qui t’a donné envie de créer une subdivision Techno ?

 So French records existe depuis 2008. Il est géré par Mac Stanton et officie dans un registre House french touch. Mon éducation électronique est personnellement plus tournée vers la Techno au sens large, avec des références comme Laurent Garnier, Jeff Mills, Dave Clarke, Joey Beltram et les productions de labels comme UR, F-Com, Reload, etc. J’ai donc proposé à Mac de développer une subdivision Techno, qui reste rattachée juridiquement au label. Très vite, des artistes de So French records, comme Adrian Wreck ou Steige ont adhéré au projet en proposant des tracks dans un élan très positif qui a permis de fonder les bases du label. Le lancement a été cristallisé par la sortie de l’EP « Maniac » de Vondkreistan.

Quelles sont tes attentes vis-à-vis des artistes que tu signes ? Quels sont tes critères de sélection ?

 A vrai dire, c’est plutôt le label qui est attentif à leurs attentes. Les artistes nous proposent des démos ou des tracks finalisés et nous voyons ensemble les possibilités de sortie d’un EP avec ou sans remixes (le prochain JFJP ne propose que des tracks originaux par exemple). Nous décidons ensemble de la nature de la sortie (digital only, CD et/ou vinyle) et restons très ouverts et honnêtes sur les budgets dont nous disposons et sur la participation de l’artiste. L’idée est de gagner en visibilité et en notoriété en proposant des artistes de qualité. Comme beaucoup, nous ne vivons pas de cette activité. Le but n’est donc pas de générer du profit mais de nous créer une place au sein du paysage électronique afin de lancer des artistes auxquels nous croyons. Les décisions sont très participatives : nous n’imposons rien et trouvons toujours un terrain d’entente pour satisfaire tout le monde. Si les résultats sont au rendez-vous, c’est un plus !

As-tu refusé des signatures d’artistes connus ou non que tu regrettes aujourd’hui ?

Non. Le label est récent et peu visible donc nous ne sommes pas encore sollicités par des artistes connus. Quelques projets sont à l’étude avec des artistes émergeants mais je n’en dis pas plus…

En tant que label français, quel est ton point de vue sur le public électronique français ? Marches-tu mieux en France ou à l’étranger ?

 La France a une culture électronique magnifique. Des artistes comme Jean-Michel Jarre, Laurent Garnier, ou les Daft Punk : chacun en son temps et à son niveau a marqué l’histoire de la musique électronique au niveau planétaire. La France a généré des mouvements comme la French Touch qui ont eu un écho retentissant. Grâce à ça, je pense que le public français est très connaisseur et très exigeant. Nous avons eu la chance de signer des artistes étrangers comme Alec Attari qui réside à Istanbul ou Dortmund qui est sur Oslo. Ces sorties ont eu un écho dans ces pays-là en termes de streaming et de ventes ; mais notre public reste principalement français en raison du réseau dont nous bénéficions grâce à l’antériorité du label So French records.

"Hi Tom" – Dortmund

"Hi Tom" – DORTMUND [VIDEO]

Gepostet von Spectrowave Records am Mittwoch, 19. Oktober 2016

Quelle est ta vision aujourd’hui du monde des labels, et plus largement du marché de la musique électronique ?

Comme beaucoup je fais l’amer constat qu’il est désormais difficile de vivre de la musique car les gens ont tendance à considérer ces contenus comme du consommable gratuit. L’offre est tellement gigantesque grâce à la démocratisation des outils de production que les gens zappent rapidement… On a l’impression parfois que, le temps d’une promo, le public est déjà lassé d’un morceau. Tout va très vite et le système des labels très visibles est un monde très codifié et très verrouillé. Au niveau de la musique électronique, on assiste à un revival Techno et un retour en arrière vers les piliers du mouvement. Laurent Garnier a retrouvé auprès des jeunes l’aura qu’il avait auprès de nous dans les années 90. Quand on voit Nina Kravitz jouer du Emmanuel Top ou les légendes de Detroit comme Atkins ou May jouer à Ibiza, on se dit que la production actuelle n’est pas à la hauteur. De grosses écuries comme Drumcode produisent à la chaîne des titres que je trouve souvent assez fades mais qui se retrouvent par défaut dans des classements par manque de qualité. Nous pouvons maintenant produire vite et pas cher mais la qualité et surtout le talent n’est pas souvent au rendez-vous. Malgré tout, quelques artistes continuent d’innover.

Justement, le marché de la musique électronique s’est effondré avec l’arrivé du MP3 : quelles difficultés rencontres-tu dans la gestion d’un label ? As-tu créé des liens avec d’autres labels de la scène électronique ?

 Les ventes physiques sont de l’histoire ancienne. On ne vend plus de CD et le retour du vinyle se limite, je pense, aux diggers qui font les brocantes pour retrouver des vieux enregistrements de Johnny Cash ! La cible c’est le streaming car les gens consomment sur Apple Music, Spotify, Deezer grâce à des abonnements illimités à 9€/mois. C’est donc devenu un pari très risqué de lancer la fabrication de CDs ou de vinyles pour un projet qui nous tient à cœur. Le CD sert principalement à la promo : nous les distribuons aux media qui sont restés sur ce support mais les ventes sont anecdotiques. Le support physique est pour nous une façon de nous faire plaisir et de promouvoir le label : nous n’attendons pas de retour sur investissement. Nous avons des liens avec des partenaires medias mais peu avec d’autres labels. J’ai beaucoup appris avec Fred Gien qui gère le label Police records mais nos agendas font que nous avons peu de projets en commun malheureusement.

Organises-tu des soirées, des showcases avec les artistes de votre label ? Développes-tu une activité booking de tes artistes signés ?

Ce volet-là de l’activité reste très chronophage et gourmand. Les revenus actuels du label ne nous permettent pas l’organisation d’évènements. Le label So French records organise de façon plus régulière des soirées, comme cela a été le cas sur Paris aux Folie’s Pigalle ou au Nouveau Casino, avec des line-up assez intéressants. Les artistes restent libres de participer à des soirées : nous leur demandons juste de distiller la bonne parole et de parler du label.

Que vois-tu pour Spectrowave dans le futur ? Des projets à nous reveler ?

Difficile, compte-tenu du contexte et de l’évolution de nos vies professionnelles à chacun, de se projeter dans le futur… Nous espérons évidemment développer l’organisation de soirées, en collaboration avec So French records, et continuons de rechercher des artistes qui s’inscriront dans notre philosophie. Je pense qu’en restant honnêtes avec nos objectifs, nous rencontrerons le succès. Pour l’instant, 2017 va se poursuivre avec l’enrichissement du catalogue : le retour de Vondkreistan dans le registre techno, et d’Adrian Wreck qui a récemment signé un magnifique album, plus éclectique, « Wave Cloud » sur So French records. A découvrir absolument ! Dans l’immédiat, l’actualité se concentre sur la sortie de « Monik » de JFJP.

Ton mot de la fin ?

 Sortez des sentiers battus, le talent est partout. Et le génie est parfois dans la simplicité.

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