Sleeping Water

ParHigh Potential

Sleeping Water

D’où viennent tes deux pseudos SleepingWater et Vulcain ?

SleepingWater est mon nom « mainstream » : c’est avec lequel j’ai démarré et c’est aussi celui dont je me sers pour tous les projets non destinés à l’underground… Même si parfois ça dérape un peu (rire). Avec SleepingWater je fais de l’ambiant, de la techno en passant par l’électro swing, le hip-hop, le rock, la variété française, la house, la tech house… Je reste dans des sonorités qui ne sont pas trop dures pour le public,p lus accessibles. L’idée de mon alias Vulcain est plutôt dédié à la hard music (hardtek, acidcore, drum & bass, hardcore, tribe…). Je suis très ouvert musicalement : j’ai environ un millier de vinyles à la maison et j’écoute vraiment de tout. Cette ouverture me permet de m’adapter à différents types de projets. A mes débuts, je jouais surtout en bars ou en clubs mais ma passion pour le milieu alternatif m’a vite rattrapé. Je me suis retrouvé à joué en free-party avec SleepingWater et j’ai ressenti le besoin d’avoir un alias car j’avais en fin de compte deux publics très différents qui venaient m’écouter. Ainsi est né Vulcain axé milieu alternatif et underground aux cotés de SleepingWater qui s’adresse plutôt à l’overground. J’utilise de la même manière mes deux pseudos pour la DJing et la production.

Comment es-tu entré en contact avec la musique électronique ? Qu’est-ce qui t’a motivé à devenir DJ dans la scène électro ?

Mon père était un mordu de rock ’n’ roll et j’ai baigné dans Pink Floyd entre autre. Plus tard, j’ai découvert Jean-Michel Jarre et ses mélodies relativement douces : le morceau “Calypso” a déjà des teintes tribales et les albums “Oxygène” et “Equinox” étaient pour moi associés à l’époque au voyage et à la joie. J’écoutais ce que mes copains me faisaient découvrir en faisant des copies sur cassette audio. Quand j’ai eu 10-12 ans, la Dance a explosé en France. Plus tard, j’ai découvert la Trance grâce à Max sur Fun radio et son émission Trance Max. Dès lors, je me suis mis à découvrir les différents genres de musique électronique et au fil du temps, j’ai affirmé mes affinités.

Pour le DJing, j’ai eu une révélation lors du festival “Ziget” en Hongrie : j’ai eu envie de retransmettre le plaisir que de nombreux DJ avaient su me donner durant ce festival et ma carrière de fêtard. En prenant de l’âge, j’ai eu envie de transmettre ce plaisir aux plus jeunes et c’était aussi une façons pour moi de rester dans la fête tout en y faisant quelque chose de plus concret. Mon leitmotiv dans le DJing a été la transmission, faire revivre les trésors musicaux oubliés et faire découvrir des tracks encore peu/pas connus.

Milites-tu pour une cause particulière au sein de la culture électronique ? As-tu monté des associations ou fait partie d’associations en musiques électroniques ? Quel rôle y as-tu joué ?

A vrai dire, je suis engagé dans pas mal de combats et ce serait un peu long de rentrer dans tous les détails… Mais je pense qu’on peut résumer ça en quelques mots : union, amour de l’être humain et liberté. Cette année, j’ai travaillé aux côtés de l’association Artists In Action qui se bat pour offrir un minimum de confort sur quelques camps de réfugiés. J’ai aussi travaillé pour le collectif Marseille Solidarité Humaine qui se bat contre la précarité à une échelle plus locale. Je suis également le cofondateur avec mon ami Philippe de l’association Musical Therapy dont le but est de promouvoir la scène électronique locale, nationale et parfois même internationale. J’aime utiliser l’art à des fins diverses et variées. J’ai aussi collaboré pendant quelques années avec l’association Family Smile dont le but était d’intervenir financièrement en faveur d’un orphelinat situé au Népal. Au final, dans tous mes combats militants, il y a toujours ce rapport à la musique qui est la base de mes rencontres professionnelles, amicales et parfois même amoureuses (rires).

Comment est né le projet Musical Therapy ?

Philippe organisait des soirées pour ses amis et de fil en aiguille, elles ont connu un certain succès qui l’a amené à monter une association pour organiser des soirées sortant de son cercle amical. Quand je suis arrivé à Marseille il y a 10 ans, je me suis intéressé à son travail. J’ai senti chez lui une réelle motivation  pour dénicher des DJs peu connus et talentueux. Il a notamment été l’un des premiers à faire jouer Tawagirl qui commence à se faire un nom à l’international. Il a fit jouer aussi Marcus Volker qui est aujourd’hui une des figures de poupe du label Divine records. A l’époque, j’avais envie de m’investir pour la vie nocturne marseillaise que je trouvais un peu fade. Ensemble, on a monté l’asso : on a continué de chercher de jeunes talents et de les faire jouer aux côtés d’artistes plus connus afin d’attirer les regards et les oreilles vers nos artistes locaux. On a organisé des soirées qui ont très bien marchés, d’autre moins : quand on organise, on ne gagne pas à tous les coups… Quand ça fait plus de 10 ans que tu écumes les soirées, tu connais forcément du monde : notre force, c’est d’avoir des réseaux différents et de les réunir lors de nos soirées. Nous sommes soutenus par nos amis qui n’hésitent pas à nous aider quand le besoin s’en fait sentir. Nous avons envie de nous professionnaliser en proposant des événements de qualité à la hauteur de nos moyens. Sur la longueur, je dirais qu’il faut savoir garder la motivation à organiser des soirées car l’envers du décors n’est malheureusement pas tout rose et les erreurs se paient souvent vites et chères ! La nuit marseillaise est aussi très volatile : les groupes se font et se défont très rapidement et il faut donc savoir renouveler le réseau. Gérer tout ça à deux personnes, c’est pas toujours évident ! Mais on s’est accroché : l’équipe est actuellement en train de grossir et on projette certaines évolutions tout en restant sur un petit format de soirées.

Comment choisissez-vous les lieux où vous organisez vos soirées ? Comment organisez-vous la programmation ? Donnez-vous la chance à de jeunes artistes ou artistes moins réputés ?

Les lieux sont souvent choisis en fonction de coups de cœur ou d’opportunités : une fois que la balance prix et nombre de participants semble correcte, l’affaire se fait rapidement. On fait aussi bien des évènements dans des petits clubs ou dans des clubs plus prestigieux. pour les évènements phares, nous essayons de trouver des lieux insolites en adéquation avec le projet de soirée. La programmation se fait en fonction du thème de la soirée : nous essayons volontairement différents styles musicaux, différents lieux avec différents intervenants, parfois chics parfois underground et très souvent décalés ; nous aimons rire et avons ce point commun d’aimer la diversité. Quant à ta dernière question, c’est le but même de l’asso. Nous essayons de mettre en avant les plus jeunes en les positionnant aux cotés de ce qui ont déjà une certaine expérience ou renommée. Cela nous a parfois joué des tours mais dans l’ensemble, la recette fonctionne assez bien. On a vu grandir certains jeunes artistes et ça reste toujours une grande fierté pour nous.

IndianPsyParty@Marseille 04/12/2015

Voila ce que ça donne une soirée Musical Therapy!! Merci à tous pour vos smiles et bonne humeur!

Gepostet von MUSICAL THERAPY am Montag, 14. Dezember 2015

Avez-vous des liens avec d’autres assos du territoire qui organisent ? Si oui, comment se passent les collaborations inter asso ?

Nous n’aurions pas pu en arriver là seul et à force d’être dans ce milieu, tu connais de plus en plus de monde. On voit ça comme de l’organisation mais par dessus tout, c’est une question de rapports humains : il y a des gens avec qui ça colle, d’autre moins… Au bout d’un moment, tout le monde trouve sa place. Comme on dit “tout seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin”. Les collaborations sont indispensables pour sortir de ta ville et offrir à tes artistes des booking hors de l’échelle locale.

Et toi, en tant qu’artiste : as-tu un statut professionnel ? Vis-tu de la musique ou as-tu un travail à coté ? As-tu une résidence ? Comment procèdes-tu dans le démarchage de tes soirées ?

Je ne vis pas actuellement de la musique : pour moi, c’est une passion avant tout. Si je devais voir ça d’un œil exclusivement professionnel, il y a certaines libertés que je ne pourrais plus me permettre d’un point de vue artistique. Je devrais par exemple cesser ma pluralité de styles musicaux car ça me desservirait : c’est très dur de fidéliser un public en faisant des choses différentes. Mais j’ai pris le parti de me faire plaisir avant tout, surtout pour la production. Pour le DJing c’est différent car je sais m’adapter en fonction de la demande : j’aime avoir un thème et trouver la musique qui va coller avec, ça me régale. A coté de la musique, j’ai aussi une vie avec plusieurs casquettes : 10 ans d’expérience en tant que cuisinier et informaticien. Coté résidence, avec l’asso Musical Therapy, j’anime l’émission du même nom un vendredi sur deux sur radio Zinzine, une radio libre d’Aix-En-Provence (88.1 FM ou sur le web). Je n’ai pas de résidences en club car ça ne colle pas avec mon rôle de père que je prends très à cœur, même si j’adore me divertir (rires). Quant aux soirées, j’ai la chance d’être assez bien entourés et d’avoir régulièrement des propositions sans même avoir trop à demander… C’est souvent du donnant donnant : je te booke ici, tu me bookes là-bas. Je ne suis pas une star internationale, je fais mon bout de chemin et que quand je le mérite, les plus grands me tendent la main. En toute franchise, j’en suis déjà plus loin que ce que j’aurais pu imaginer en commençant. J’essaie de m’appliquer et d’honorer les différentes invitations/main tendues en travaillant encore et toujours pour que la qualité soit au rendez-vous.

Comment te positionnes-tu sur le débat entre musique électronique underground et commerciale ? Quel est ton point de vue sur l’EDM ? Les free-parties ?

Ça c’est une question qui me plait tiens ! La musique pour moi, c’est comme la cuisine, il n’y en a que deux : la bonne et la mauvaise. A vrai dire, je ne pense pas que l’on puisse dire qu’une musique est bonne ou ne l’est pas. On peut dire “ça me plait” ou “ça ne me plait pas”. Mais à quoi bon dénigrer et dire “c’est le la merde”… Je vais prendre l’exemple de Johnny Halliday : personnellement, ça ne me plait pas et je préfère de loin Brel ou Renaud. Ce n’est pas pour autant que Jonnhy fait de la merde : il fait sa musique et je n’y suis pas sensible… C’est comme de kiffer un morceau et 5 ans plus tard, tu ne l’aimes plus… Pourquoi ? Parce que pour moi, la musique c’est un peu comme le sel et le poivre en cuisine : ça sert à assaisonner un instant de ta vie ; des fois tu la veux douce, des fois tu la veux rapide, joyeuse, triste etc. Tout ça c’est l’essence de l’art : pourquoi c’est bon et pourquoi ça ne l’est pas, personne ne le sait ! Il y a des gens qui aiment et d’autres qui n’aiment pas et même ça, on ne sait pas pourquoi non plus ! Et heureusement d’ailleurs car on subit assez de formatage comme ça. Heureusement que personne n’a compris comment ça marche, et que personne n’essaie de nous l’imposer. Par contre, la chose que je ne trouve pas très valorisant, c’est la musique business. Si t’es pas trop mauvais musicien et que tu captes les trucs qui marchent, ce ne sera pas très dur de faire un plagiat avec quelques variantes tout en restant dans les même gammes de sonorités qui ont toutes les chances de marcher… Mais au final, tu n’as fait qu’imiter alors que tu aurais pu innover, chercher une nouvelle texture, un nouveau grain, etc. Au début, il y a un artiste qui crée un truc, peu importe le style d’ailleurs (il n’a souvent même pas encore nommé ce style), et puis ça marche ! Ça touche les gens qui en redemandent et ça donne souvent naissance à un mouvement musical. Parfois ça explose et du coup, tout le monde fait ça parce que l’industrie en demande et sait qu’elle va arriver à faire du fric. Même si c’est médiocre ou une pâle copie, l’industrie signe quand même car il y a du fric à la clé. Pour moi, là on rentre dans le vrai commercial : si ça se vend, ça veut pas dire pour autant que c’est de la merde… Mais parfois c’est pas terrible du tout et ça se vend quand même… Et on en revient à l’histoire des goûts et des couleurs qui est un débat sans fin. Je pense qu’il y a un âge d’or où toutes les plus belles œuvres du style sortent ; après arrive la production massive qui amène le public jusqu’à l’épuisement ou à la nouvelle mode… Je pense que c’est ce qu’on vit en ce moment dans la musique électronique mais sa chance est d’avoir beaucoup de « sous familles » à contrario du hip-hop par exemple.

Tout est question de choix : j’ai décidé de faire ce que j’aime même si ça ne me permet pas d’en vivre. Il y en a d’autres qui décident d’en vivre et qui font la concession de faire un peu moins ce qu’ils aiment pour faire un peu plus ce qui marche. Ça ne veut pas dire pour autant que tout ceux qui arrivent à en vivre ne font pas ce qu’ils aiment : ça veut juste dire que parfois, être commercial est un choix qui peut avoir tout son intérêt même s’il est plus financier qu’artistique. Il y a une règle à laquelle nous sommes tous sujet : au final, ce n’est pas l’artiste qui décide si sa musique est bonne ou pas mais les gens qui l’écoutent. Si c’est bon, les gens écoutent et plus ils sont nombreux à écouter, plus il faut s’attendre à devenir commercial,  que tu le veuilles ou non. Il n’y a pas si longtemps, la techno était underground parce qu’elle n’était pas encore acceptée. On devrait remercier nos ainés qui se sont battus pour qu’elle soit diffusée. Pour moi, c’est à ça justement que sert l’underground : des individus qui ne sont pas satisfaits des standards qu’on leur propose et qui décident de se rassembler pour proposer autre choses. L’underground ne se résume pas aux free-parties : on le trouve dans l’art en générale et ça peut s’appliquer aussi à une façon de vivre. L’underground, c’est penser au-delà des standards validés par l’État afin de créer des alternatives. C’est comme le darknet en informatique. Au final, l’underground reste une idéologie.

Derrière ce mot “underground”, il y a avant tout un choix de vie, celui de rentrer dans les cases que la société a faite ou pas. Les gens qui ont décidé de faire autrement sont souvent catégorisés comme des marginaux alors qu’en réalité, ce sont très souvent les défendeurs d’une liberté qui se perd de plus en plus dans notre société actuelle. Ils mènent souvent une vie difficile financièrement car la liberté à un prix. Quand je vois que certains parents ne voient pas leurs enfants grandir par ce qu’ils passent leurs temps à courir après des billets dont l’État en reprend une grande partie, ça donne à réfléchir…

Quels sont tes projets à venir ? Ceux de Musical Therapy ? Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour l’année 2017 ?

Personnellement, j’ai eu une mauvaise expérience avec un patron de label qui devait sortir mon album : il m’a bloqué les morceaux pendant plus d’un an pour au final se débiner et disparaitre de la circulation… A priori, tout ça parce que nous n’avions pas les mêmes opinions politiques mais j’avoue ne pas avoir bien saisie moi-même l’origine du conflit… Du coup je suis sur le point de le sortir moi-même : ça m’aura pris du temps mais ça devrait vraiment arriver prochainement. J’ai beaucoup plus d’envies que de temps ! J’aimerais beaucoup monter un live set acid to acidcore pour Vulcain et la famille free-party (rires). J’aimerais également aboutir un projet d’album ambiant et de live set avec mon binôme Seve Freeson au sein d’Images In Air. Je vais continuer à m’investir pour AiA (Artists In Action) car je ne trouve pas acceptable que nos politiques ne prennent pas en charges les victimes de guerres. Je vais continuer d’encourager et soutenir Emer Aude Marginal MC (membre du collectif MSH) qui est à mon sens une artiste extraordinaire dont je suis très respectueux.

Quant à Musical Therapy, une bonne réorganisation vient d’avoir lieu en début d’année et j’espère qu’elle va porter ses fruits. Nous avons envie de nous diversifier un peu dans la façon de mettre les jeunes talents à l’honneur, mieux différencier les DJs des producteurs et leurs proposer quelque chose qui soit réellement en adéquation avec leurs talents. Certains projets commencent déjà à bien avancer : tendez l’oreille car l’année devrait être assez riche…

Ton mot de la fin ?

Un merci tout particulier à ceux et celles qui nous soutiennent, que ce soit de manière personnel ou avec Musical Therapy car mine de rien, vous êtes relativement nombreux/ses et nous en sommes extrêmement reconnaissants. Un merci également aux « grands frères de sons » qui nous poussent et nous encouragent : ça fait chaud au cœur (ils se reconnaîtront). Et pour ma part, un énorme merci à mes deux binômes et associés Christel et Philippe qui ont très fortement contribué à mon évolution… Merci également à vous Interaktion Elektro Projekt qui faites vivre un beau projet : vous faites aussi parti des activistes qui dédient une partie de leur vie à la musique électronique.

SleepingWater sur le web

Vulcain sur le web

Images In Air (Seve Freeson & SleepingWater) sur le web

Musical Therapy sur le web

Artists in Action sur le web

À propos de l’auteur

High Potential administrator