Krispaglia

ParHigh Potential

Krispaglia

Comment es-tu entré en contact avec la musique électronique ?

Comme beaucoup de personnes de ma génération… Nous avons pour la plupart tous été bercés par Vangelis, Jean-Michel Jarre, Kraftwerk, Depeche Mode et aussi la scène mainstream anglaise : KLF, Shamen, Stéréo Mc’s… Sans oublier la dance music américaine : Inner city, Joe Smooth.

En quoi la house est-elle un genre qui t’a touché plus particulièrement ?

J’ai d’abord été très sensible à l’Ambient (FSOL, The Orb, le label Rising High), ensuite la Trance mélodique et harmonique allemande (Frankfurt Beat, EyeQ…) et le label français Global communication. La House est venue par hasard, en mars 1993, en me retrouvant dans un club lyonnais (L’Opéra Mundi) ou un panel de très bons DJ’s Lyonnais (Dj Sage, Dj Love, Dj Spider, Spike) proposaient des sessions Acid Jazz et bien sûr House music. J’ai été frappé en plein cœur par ce côté organique et électronique, avec le groove en plus. Elle ne m’a plus quitté depuis.

Tu es le fondateur de l’émission Deepline qui tourne sur radio Pluriel depuis 1997 : quel est le concept de l’émission? Comment expliques-tu le succès et la longévité de cette émission ?

Le concept, c’est la connaissance, l’ouverture, le partage. Si vous écoutez l’émission sur 1 mois, vous aurez une belle partie de l’historique des musiques électroniques en passant par le Jazz et les courants Post Electronica. Des résidents spécialistes dans leurs visions sonores sont là avec surtout une belle place pour le format vinyle (Mr Carlitos/Vincent Vidal, DJ Delano, Le Cirque Sonore…) ; et à la fin de chaque mois, nous proposons un invité qui gravite autour des musiques électroniques lyonnaises, mais pas seulement. Le succès, si on peut parler de succès, c’est sa longévité (22 ans), une fidélité et de la passion qui nous anime encore entre nous, une radio qui nous soutient depuis toutes ces années (Radio Pluriel).

Tu as fréquenté l’association Keep-Smiling qui commençait à développer de la prévention en soirée techno : quel est ton point de vue sur le rapport entre drogue et techno ?

Tout courant musical à ses consommations, et les musiques électroniques n’échappent pas à cette règle. Je n’ai jamais consommé et compris ces consommations : se mettre dans un état synthétique et hors réalité de la musique, quel dommage, non ?

Penses-tu que ce type d’association est utile à notre culture?

Elle est malheureusement nécessaire. Par contre la France a un grand retard sur la prévention dans ce domaine. Je me souviens lors des stands en rave-parties, nous pouvions tester la qualité en direct des cachets et beaucoup d’utilisateurs, face aux tests parfois négatifs, ne gobaient pas par peur des conséquences. Les responsables de santé ont supprimé ce test en invoquant l’incitation à la consommation. Ce qui était faux… Un dialogue s’était instauré entre Keep Smiling et les consommateurs. La prévention prenait donc tout son sens.

Tu officies en tant que DJ sous le nom de Krispaglia : quel est l’origine de ton pseudo?

Krispaglia c’est tout simplement l’association et la contraction de mon nom et prénom.

Quel souvenir gardes-tu de ta première soirée en tant que DJ ?

J’en garde un souvenir de peur et de transpiration… Je transpirais tellement que des gouttes de sueur tombaient sur mes disques. J’ai appris que l’eau ne déforme pas le son. C’est bon à savoir !

Tu as également organisé des soirées sur Lyon, notamment avec le collectif Da House Family Project : comment était la scène house lyonnaise dans les années 2000 ?

La scène House Lyonnaise était petite, fraiche d’idées mais déjà des collectifs et des labels se mettaient en place (Rotax, Jazz’up records, Plein Gaz production, Weacked, Super Huitmusic, etc.). Sans oublier les labels de la région d’Annecy et Grenoble. Dahousefamily (Obywan, Krispaglia, DJ Sage), c’était l’association de 3 DJ’s avec chacun notre définition de la House music (NYC, Chicago, Détroit, Paris, Lyon). Nous avons fait partie des porte-drapeaux en termes de soirées House lyonnaises ainsi qu’en Suisse durant nos belles années nanties et 2000.

Quelles évolutions vois-tu avec la scène house locale d’aujourd’hui ?

Une évolution incroyable : les labels lyonnais se sont internationalisés, leur communication très professionnelle (voir trop). Des résidences se sont créées dans nos clubs lyonnais : une belle vitrine de la scène house lyonnaise. Le problème, c’est l’esprit de non partage entre les labels, un manque cruel de solidarité. Chacun voit l’autre comme un concurrent plutôt que comme un partenaire ! Créer des liens permettrait de mettre en place une belle cohésion de notre scène House lyonnaise et de l’exporter à l’international, comme l’ont fait jadis Detroit et Chicago.

Tu es également producteur et fondateur du label Aglia records : 1 EP sorti en 2008 et 1 autre en 2009 puis plus rien…Difficile de gérer un label house ?

Oui, c’est difficile quand tu te retrouves seul à gérer la communication, les soirées autour du label. Je n’ai pas été aidé et surtout je n’avais pas de réseau fort à l’époque et aucun soutien véritable en France. Par contre, j’ai eu des retours et des ventes sublimes à l’étranger. Mes seuls supports humains étaient mes artistes que je remercie encore du fond du cœur pour leur soutien, leur dévouement, avec des cachets proches du zéro… Ce sont encore mes amis : ils ont compris l’essentiel, le partage de moments incroyables, se retrouver ensemble et partager de très bons disques de House music. Respect ultime : Melchyor A, Ludovic Allen, Rochdee, Ivanlebleu, Agoria, Vinyl France, Fredi MPO, Translab, Manoo, Fred DeepsoundsInnerdisc, Teddy G(Gallette),Pascal Rioux (the pusher),Vincent Vidal, Leome (chez Emile), Léa Lisa, José Lagarellos, Patrice Moore, Freddy’J Unwelt…

Qu’as-tu retenu de cette expérience ?

Qu’il faut connaitre ses compétences et ses failles, se laisser aider, avoir confiance.

Quels sont pour toi les 5 tracks ou albums qui ont marqué ta trajectoire dans les musiques électroniques? Quels souvenirs ou émotions y sont associés?

Derrick May « Innovator » (Transmat) : une des meilleures définitions de l’électronique de cette incroyable ville qu’est Détroit.

Finger’s Inc « Another side » (Jack Trax) : j’ai eu la chance d’inviter Robert Owens pour mon label il y a de cela 5 ans. Et je lui ai demandé comment Larry Heard l’avait approché. Il m’a répondu qu’il a habité sur le même palier en 1984 : il est venu frapper à sa porte et lui a demandé s’il était intéressé de venir poser sa voix sur un projet musical expérimental. Et il a dit « oui ». Cet album, c’est la naissance de la House music, un album où les machines TR 808/909/303, un Juno 106 et un Rhodes chantent et accompagnent merveilleusement bien  les voix superbes de Ron Wilson(Rip) et Robert Owens.

Joe Claussell « Language » (Ibadan) : qui a dit que la house music ne véhicule aucun message ? Et bien écoutez cet album de Joacquim ‘Joe’ Claussell et vous entendrez de la spiritualité et du vaudou ancestral, parsemé de spiritual Jazz !

Saint Germain « Boulevard » (Fnac music /F Com) : La première fois que j’ai entendu un Ludovic Navarre, (Deepside) c’était dans un mix de Didier Sainclair en 1992. J’étais loin de penser que derrière ces productions se cachait un producteur français qui a mis une claque aux américains par la même occasion.

Ron Trent presents Prescription « Word sound and power » (Prescription rec): Ron l’a fait : un résumé partiel avec son frère de son Chez Damier de ses meilleures productions. Tout simplement STATRAsonic !

Tu restes pas mal actif sur les réseaux sociaux, notamment sur mixcloud et soundcloud : penses-tu comme certains vieux de la vieille que c’était mieux avant ?

Je trouve ces plateformes numériques fantastiques parce que l’on touche le monde entier ;  mais ce sont aussi des outils qui avalent , qui écrasent  : on est très vite oublié, en 3 jours c’est terminé, on n’existe plus. C’est effrayant !

Achètes-tu du MP3 en ligne ou continues-tu à fouiller les backs de vinyles ?

Je n’achète aucun MP3, malgré son côté pratique en termes de stockage, et d’utilisation. Son marché économique me dégoûte encore. Le vinyle est tellement plus respectueux des artistes, plus résistant au temps que le digital. Une mémoire plus fiable. Acheter des vinyles, c’est un acte de soutien, voir militant envers les artistes que l’on a envie de défendre. J’adore digger au hasard d’une brocante où les gens n’ont pas conscience de leurs valeurs réelles … Tant mieux pour nous.

Tu continues à produire des tracks : as-tu signé sur d’autres labels ?

Bien sûr, je continue à produire de la musique mais je ne démarche plus les labels car je ne trouve aucun label manager digne de ce nom pour écouter et donner une appréciation : ça n’existe pas ou plus. Il faut aujourd’hui avant tout arriver avec une communication, de belles photos et vidéos pour prétendre proposer sa musique, sinon tu n’intéresses personne. Je ne désespère pas, il y’a encore des artisans qui fonctionnent avec leurs émotions et non pas avec le porte-monnaie ou l’ego que dégage un artiste. La preuve en est : ma signature sur Blooming Soul. Michel est venu instinctivement sur ma page soundcloud et choisir. Faites votre choix : ma boutique est ouverte.

 Quels sont tes ambitions à ce niveau-là ?

Je n’ai aucune ambition, à part de me faire plaisir, de produire, de mixer quand je le désire. Aucune rentabilité. Ne pas suivre le courant, le prendre à contre-sens parfois. De toute façon personne ne m’attend. Je suis un artisan, un homme libre et surtout « house music will never die » (Cajual records 261).

Quels sont tes projets à venir ?

Je voudrais développer quelques soirées en rapport avec mon émission Deepline, collaborer avec mes amis de son en tant que remixer.

Comment te vois-tu dans la musique électronique dans 5 ans ?

Je n’ai aucun plan de carrière : si le plaisir m’accompagne encore durant 5 ans, eh bien je serais là. Je suis curieux de savoir ce qui serait  plus fort, plus excitant que mes envies de musique pour que j’abandonne cette belle passion ? La culture de la gentiane en milieu aquatique ? Ou photographier de profil uniquement une verrucomicrobia ? Qui sait…

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À propos de l’auteur

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