DJ Sage

ParHigh Potential

DJ Sage

DJ Sage : un nom en hommage à ton obéissance enfantine ? Une petite histoire liée à ton nom de scène ?

Durant mon enfance j’étais plutôt obéissant oui ! Mais à partir de l’adolescence, les rapports avec mes parents étaient plus tendus et je n’obéissais plus tellement ! Je me révoltais souvent en raison de désaccords persistants. Ce qui m’a amené très tôt à écouter de la musique pour m’évader et pour me créer un monde de bien-être. Un jour, j’ai remarqué qu’un de mes potes taguait. Il signait le plus souvent avec le nom « sage ». Je trouvais que ses tags accompagnés de cette signature avaient du style. C’était simple et beau. Le sens du mot sage me plaisait aussi parce ce que  je suis plutôt quelqu’un de réservé. J’ai donc pris ce nom de scène pour sa simplicité, sa beauté et son sens premier.

Tu tombes amoureux de la deep house grâce à la radio en 1987 : qu’est-ce qui t’as touché particulièrement dans ce style de musique ? En quoi la radio a-t-elle joué un rôle de déclencheur dans ta passion musicale ?

Quand j’étais adolescent, comme loisirs, il y avait le jardin d’ouvrier, la télévision, et la radio. Le jardin c’était bien durant l’été. Concernant la télévision, c’était mes parents qui choisissaient en général ce que l’on devait voir. Autant dire que c’est avec plaisir que je me suis accaparé de la radio. La radio pour moi était accessible partout, tout le temps, même le soir je pouvais l’écouter au casque. Le samedi soir il y avait cette émission avec Robert Levy-Provençal qui diffusait des mixes. C’était des musiques un peu disco, un peu new wave, un peu pop. Et puis, est arrivé la House music, cette musique avec beaucoup de basses, parfois répétitive, parfois soul, parfois jazzy. Le tout était mixé durant presque deux heures. Non seulement ça me faisait oublier tous mes soucis mais ça me donnait une patate d’enfer ! Les morceaux étaient envoûtants et paraissaient interminables. Les cassettes me permettaient d’immortaliser ces moments et grâce à mon walkman je prolongeais dans la semaine cette atmosphère de joie et de bonne humeur.

A partir de 1993, tu découvres la scène électronique lyonnaise : quel est le meilleur souvenir que tu gardes de cette époque ? Y a-t-il des DJ locaux qui ont joué un rôle dans ton envie de mixer ?

Dès l’age de 18 ans je sortais en ville parfois le samedi soir. J’avais en plus la chance à l’époque de continuer mes études, de travailler un peu pendant les vacances scolaires, et même d’acheter des disques. J’avais la belle vie. Au tout début j’aimais aller au club nommé le Zoo où il pouvait y avoir de la house ou de la techno. J’étais allé aux premières raves dans des quartiers industriels comme la Marathon Rave. Il y avait aussi des magasins de disques comme Galaxy Import qui permettaient d’acheter des disques et de rencontrer d’autres passionnés.  Et puis en 1993 il y a eu L’Hypnotyk sur les pentes de la Croix-Rousse, mon meilleur souvenir. Un immeuble de plusieurs étages où l’on pouvait écouter dans plusieurs salles des DJs avec différents styles. Tous les DJs passaient que des sons pratiquement inconnus. Les DJs dont je me souviens sont P Moore, St Jean, Milosh, Strat, Aymerick, Syliah, Alex, Tom, ID. Le DJ le plus emblématique était pour moi SyLiah qui mixait house dans une salle souvent qui mettait du temps à se remplir mais où l’ambiance en milieu de soirée était d’enfer et aussi bonne que dans la salle techno trance tout en  ayant un tempo à 120 BPM !

1995, tu deviens DJ : te rappelles-tu de ta première fois en public ? Si tu devais comparer cette prestation avec celles d’aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé ?

Dans mon quartier il y avait des copains qui écoutaient de la funk et qui avaient déjà une sono mobile. J’apprenais avec eux comment créer une sono et comment mixer. En 1995, j’avais repéré sur les pentes de la Croix Rousse une boite de nuit inclassable : « l’Opéra Mundi ». Inclassable ! J’ai alors déposé un CD dans la boite aux lettres de l’établissement. Une semaine après j’avais un coup de fil du patron qui était intéressé pour me voir jouer. L’ambiance était bon enfant. J’ai joué plusieurs semaines le samedi soir. Malheureusement il y avait très peu de public et mon style trop pointu était à mille lieues des attentes d’un public plus axé musique généraliste. A l’époque les passionnés de house allaient dans un nouveau club qui s’appelait l’Ambassade avec DJ Spoke.  Je trouve qu’aujourd’hui le public est beaucoup plus réceptif et connaît mieux les musiques électroniques sûrement grâce à Internet.

Le mix occupe une grande place dans tes activités à contrario de la production : est-ce un choix de ta part ? Es-tu plus à l’aise aux platines que derrière ton ordinateurs et tes machines ?

Pour moi je suis très heureux quand je découvre des disques qui me font frissonner. Par contre devant un ordinateur pour créer un morceau… Heu comment dire… Je m’ennuie ! C’est comme en sport ! Pour faire une course d’une demi heure seulement, je m’ennuie trop ! Par contre tu me donnes un ballon… Je deviens comme un fou et je peux jouer avec le ballon pendant des heures ! Le mieux bien sûr c’est quand on peut faire partager sa passion avec les autres ! Un disque qui au départ m’a fait frémir et qui ensuite fait frémir toute une salle… C’est royal !

Tu montes l’association Da House Family avec Kripaglia et Oby Wan : en quoi cette association a-t-elle joué un rôle important dans ta carrière de DJ ? Quelles sont tes plus belles réussites de soirées ? A l’inverse, les pires souvenirs d’organisation ?

Après l’Opéra Mundi, je rencontre Krispaglia et Oby Wan qui me font connaître leur passion pour la house, plus deep chez Krispaglia et plus vocale chez Oby Wan. On a tout de suite eu l’impression qu’on pouvait se compléter lors des soirées. On a donc monté le concept de quatre platines et  trois DJs sous le nom de DA HOUSE FAMILY. On a par exemple durant presque un an tenu une résidence dans un lieu qui s’appelait le All Sport Café. Quand on avait un moment on parlait de notre musique ensemble, les derniers disques achetés, les nouveaux talents, les potins des DJs… Pour les projets, tout était pratiquement permis, pensable et réalisable. Un projet était mis sur la table, on en discutait à trois, puis on passait à l’action. Un jour on a même joué en Suisse ! Concernant les pires souvenirs, je crois me souvenir d’une fois où on a joué juste après un bal musette ! C’était au cours d’un festival ! Autant dire que le public n’était pas du tout en adéquation avec notre musique ! Mais ça me met le smile rien que d’y repenser !

Tu as fait le choix de devenir auto-entrepreneur : est-ce difficile de vivre de sa passion ? Quels sont les avantages et contraintes de ce statut pour un DJ ?

L’avantage d’être auto-entrepreneur c’est d’être déclaré ! Le deuxième avantage c’est que le régime d’auto-entrepreneur est adapté pour faire des soirées ponctuelles dans des lieux différents. C’est aussi la contrainte principale : après chaque soirée, il faut se remettre à chercher un nouveau lieu et une nouvelle date. Par contre je suis DJ uniquement sur mon temps de loisir. Je ne vis pas de mes soirées, j’ai un travail salarié à plein temps à côté.

Peux-tu nous citer 5 tracks ou albums qui ont marqué ta trajectoire dans la culture des musiques électroniques ? Quels souvenirs sont associés à ces tracks/albums ?

J’associe tous ces disques à des frissons ! Du bonheur !

1/ Daft Punk “Homework” (Virgin, 1996) : une pure réussite avant qu’ils ne sombrent petit à petit dans la pop commerciale sans aucune saveur.

2/ River Ocean featuring India “Love & happiness (yemaya y ochún)” (Strictly Rhythm, 1994) : pour ne citer qu’un Master At Work.

3/ Kerri Chandler and Joe Claussell “Escravos de Jo” (Ibadan, 1997).

4/ Osunlade “Paradigm” (Soul Jazz records, 2001).

5/ Raize The Roof “House vibes” (Freeze records, 1993).

20 ans à parcourir la scène électronique lyonnaise entre autre : quel est ton point de vu sur l’évolution de cette scène ? Y a-t-il une scène house à Lyon ? Est-ce difficile de s’y faire une place en tant que DJ ?

Avant il y avait peu de lieux pour écouter de la house sur Lyon. Aujourd’hui la scène lyonnaise évolue positivement car elle est de plus en plus riche. Elle a de plus en plus de structures qui permettent d’écouter des DJs, sans compter les festivals. C’est plutôt positif car cela permet de faire connaître cette musique au grand public. Il y a aussi plus de personnes qui se lancent en tant que DJ. Lyon connaît déjà de nombreux DJs de qualité qui s’exportent et cela devrait continuer à l’avenir.

Quelle est ton actualité de DJ ? Des projets à venir ? Comment te vois-tu dans 5 ans dans la scène électronique ?

Pour l’instant je ne me fixe pas d’objectifs. J’essaye de jouer quand j’en ai envie. Je suis à l’écoute des opportunités qui me permettent d’associer ma vie de famille, mon boulot et ma passion. Dans cinq ans, j’espère toujours jouer mes disques avec passion et en toute simplicité.

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© photos : Kiril (Lyon)

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