Denis Morin

Rencontre avec Denis Morin, un passionné qui n’hésite pas à partager son expérience avec les autres. Retour sur ce personnage aux multiples facettes.

Animateur sur Radio Campus Grenoble, peux-tu nous parler de la genèse et du concept de ton émission « Play on » ?

Coucou, alors c’est en fait une émission que j’ai prise en cours pour sa 3ème saison, sur l’invitation de Pierre Derumaux et Fred Galet, donc la genèse c’est la rencontre et l’échange de points de vues sur la musique. Le concept principal je dirais que c’est la découverte de musiques électroniques et aux alentours, mais aussi du monde social de cette même musique.

Comment réalises-tu ta sélection musicale ?

Je « dig » beaucoup tout au long de la semaine à travers diverses voies: Internet, magasins de disques, Discogs, Youtube, Facebook, Bandcamp et puis les mixes que je Shazam à fond! Je sais que ce n’est pas très honnête à la base mais je vais aussi beaucoup sur Soulseek et je « dig » à travers d’autres utilisateurs d’après les titres que j’ai pu chopé sur la toile, j’adore le fait d’élargir à partir de deux trois nom qui vont me renvoyer sur des compiles voir de quels albums ils viennent pour me les approprier ou en choisir d’autres. J’aime aussi beaucoup le fait de « diguer » à travers une personne, un goût particulier et pour ça les blogs, Facebook et Soulseek sont quand même des moyens fantastiques de découvrir des filons de sons à travers des regards particuliers sur la musique.

As-tu une anecdote, un moment fort de l’émission à nous raconter ?

Il me semble avoir dit que Laurent Garnier était résident de l’espace Drak Ouest à Grenoble au début de la techno, je crois que c’est ma plus grosse connerie, surtout que je l’ai tenu mordicus jusqu’à ce que Phrax me remette dans le vrai !!

Tu animes également « Là-haut dans l’océan » dans un registre beaucoup plus calme, comment expliques-tu cet écart avec Play On ?

Et ben c’est mon style de départ « Là-haut dans l’océan », quand je jouais du synthé dans ma chambre en mode méditation quand j’étais petit ; et j’y suis revenu très fort donc plutôt que de couper le rythme de l’émission Play on,  j’ai créé « Là-haut dans l’océan ».

Aussi surtout pour pouvoir m’exprimer à fond dans ce registre créer des voyages raconter des histoires en mixant. Pour moi c’est loin d’être le grand écart, à chaque musique son moment et sa conditions physique. Quand je faisait de grosses soirées chez moi les gens restaient jusqu’à tard le lendemain et je passais de la musique comme ça, parce que la techno pour moi c’est pas toute la journée, et finalement c’est des musiques de fin mais personne ne part parce que c’est trop bon de « chiller » sur un canapé dans une telle ambiance avec de vrais morceaux de musique loin des tools techno ! C’est une musique pour la descente et ça colle bien après les nuits sauvages !

Tu es également compositeur, peux-tu nous décrire ton workflow ?

Je pars souvent d’un de mes « field recordings » d’un moment que j’ai vécu ; mais des fois je le rajoute après pour le grain. Sinon je me fais souvent un petit rythme basique et je crée des variations automatiques avec les effets midi de live Ableton histoire de pouvoir rester dessus sans me lasser… j’essaie ensuite différents synthés dessus et quand je trouve un son qui me plait j’improvise un maximum et ensuite je prends les meilleurs moments, que j’insère dans une structure.

L’important pour moi c’est de ne pas trop m’attarder sur les « grooves » en restant 3h sur une section rythmique ni de trop m’occuper du Sound design. Il faut que ça colle tout de suite, et que ces aspects techniques s’effacent pour laisser place à l’expression aux idées parce que c’est ce qui va faire qu’un morceau est bon ou raté. Ensuite, s’il est bon je peux toujours revenir sur les défauts d’égalisation ou de compression, mais dans un premier temps je tâche de faire avec comme lors d’une prise live « à l’ancienne ». Ensuite je travaille le grain avec des « bit crusher », des disto et des « tapes machines » et enfin je peaufine fréquence et dynamique.

Après suivant le morceau il va me falloir plus ou moins de temps entre les étapes, trop vite c’est souvent un peu cheap, il faut vraiment que l’idée soit béton mais si le projet est trop long on se perd donc c’est un équilibre à trouver. Le temps de travail est important mais ce n’est pas l’unique critère de réussite pour moi.

Où puises-tu ton inspiration ? Quel est ton univers ?

J’écoute énormément les vieux compositeurs, comme Terry Riley et toutes les trouvailles de Fergus Clark du label 12th Isle. J’adore aussi toutes les musiques New Age un peu périmées avec la découverte des synthétiseurs, les pionniers comme Vangelis. J’adore tous les sons qu’on peux trouver en « field recordings » comme le grand Chris Watson et le travail anthropologique sur les voix d’Alessandro Bosetti. Je suis un très grand fan de Music from memory et du 12th Isle mais aussi les mixes d’Optimo.

As-tu un instrument ou des sonorités préférées ?

J’aime beaucoup mon D50, ma TR-8, le balafon, le sanza et les percus. J’utilise pas mal Kontakt, mais j’aime aussi beaucoup les synthétiseurs FM commeFM8 et les nappes. Côté effet j’utilise beaucoup le satin pour l’effet tape, Decimort2 pour le « bitcrush« , Panagement pour les stéréo spéciales, psp85 et echoes de Nomad Factory pour le delay, ABL2 pour les basses et les plug in Rob Papen pour leurs presets démoniaques !

Aurais-tu des conseils à donner pour des personnes qui débutent dans la MAO (musique assistée par ordinateur) ?

Ne pas se perdre dans les groove et les plugins, en faire un max assez rapidement quitte à les reprendre après… Faire des sessions de 3 heures maxi par morceau parce qu’après on s’épuise, et surtout de prendre du plaisir.

En tant que DJ, que penses-tu de l’évolution musicale dans le milieu électronique ?

Je n’en pense pas grand chose, j’ai l’impression que ça évolue sur des plan et des milieux très différemment et par phases. Pour moi il y a encore trop de clans et d’identité sociales déterminantes, je sais bien que ça permet aux gens de se faire des repères mais j’aimerais que ce soit un peux moins sclérosé, que le grand public soit plus ouvert et que l’avant garde soit moins clivante…

Le fait aussi de devoir œuvrer dans un genre précis histoire d’entrer dans le catalogue ça me lourde, un bon dj peut passer tous les genres à mon avis suivant le public et le moment, ça ne veux pas dire qu’il n’a pas de style au contraire c’est là qu’est le défi, c’est tout autant ce que tu joues que comment tu le joues pour qui.

Comment trouves-tu le public grenoblois ?

Le public grenoblois peut vraiment être génial ! Exigeant et ouvert ! Mais, ben là encore on est genre 1000 personnes à kifer et les dj’s se partage ce public, mais il y a un max de gens que ça ne touche pas et qui ne sortent pas vraiment et c’est surement de ce coté qu’il faut travailler.

Les étudiants par exemple, j’ai l’impression que pour beaucoup ils sont restés bloqués dans un coin du reggae et de la Rue Ketanou avec à la limite un peu de trance… Après évidement tout ça c’est des généralités dites un peux en l’air, j’aime bien les grenoblois, ils peuvent être plein de surprises !

Et puis c’était beaucoup plus clivant avant avec les hardcoreux et les tranceux côté free, les « basseux » et les « dubeux » entre les deux, les classiques techno house qui peinaient à se faire un public alors que ça explosait à l’étranger et que la prog était ouf (Mixlab) et les disco qui faisaient pas bien la différence avec les soirée kitchs années 80 et les discothèques généralistes avec leur ambiance bien souvent atroce pour moi. Les clubbeurs devaient choisir leurs camps, maintenant c’est quand même plus souple non ? En tout cas on a quand même un chouette panel et de très bons artistes, c’est ce que je retiens de Grenoble !

Quel est ton meilleur souvenir de soirée ?

J’ai passé un super moment aux mercredis pimentés sur l’invitation des Narco Polo les gens étaient au top et j’ai bien mixé. Sinon pas mal de fois folles au Bauhaus où la soirée prend on ne sait pas comment et là les gens sont méga open tu peux leur passer de la techno et coupé ça avec du folk et il suivent  Ou avec Alien Bazar en free, c’était plusieurs fois ouf dans des styles qu’on attend pas forcement !! Sinon récemment dans une baraque en ruine à 5 ou 6 pour l’anniversaire d’une copine mixé toute la nuit j’ai passé tout les styles en revue et je me suis éclaté ! Donc en fait pas mal d’excellents souvenirs !

Le pire ?

Peut être celle avec Nymphonie parce que ça devait être top en plein air et qu’on s’est rapatrié au Oneness le line up était à l’envers et la serveuse me baissait tout en me disant d’accélérer le tempo… Et ils ont remis les tables pour mon set sur le « dancefloor« , ce n’était pas très agréable… J’ai fait un set tout déstructuré qui a dû quand même en intéresser deux trois mais bon je me suis pas senti bien !! C’est dommage parce que c’était parti pour être une méga soirée.

Tu assures aussi des formations en MAO sur Ableton Live, peux-tu nous en dire un peu plus ?

Oui c’est mon objectif professionnel d’en vivre! Je fais une prochaine session collective très bientôt avec Simon du Crew Micropop sûrement au Petit 38 qui est un lieu super pour ça! J’aime vraiment beaucoup ce travail pédagogique, il y a des échanges, j’en ressors avec plus d’idées qu’après un événement de soirée et puis ça fait des petits : il y a des prods qui sortent de là ce n’est pas rien, alors qu’une soirée tout le monde s’amuse et tout le monde rentre chez soit sans rien d’autre que des souvenirs… C’est bien, mais c’est moins constructif !!

A la base j’ai fait des études de philosophie et je me destinais à être prof donc c’est aussi un moyen de mettre à profit tout ça en le partageant, c’est bien de créer mais faire en sorte que beaucoup créent, ça, c’est un défi encore plus beau !

Qu’est-ce que tu souhaites transmettre quand tu formes quelqu’un ?

L’amour de la création! J’aime quand les gens en ressortent avec l’impression qu’ils sont eux aussi des créateurs et qu’ils vont pouvoir faire de belles œuvres! Ça fait un bien fou de se dire qu’on peut être artiste à son niveau! Et pour ça j’essaie de leurs transmettre des procédés, des raccourcis à mettre en œuvre, ce n’est pas tant la technique qu’on peut apprendre sur Internet chez soi que des dynamiques créatives, des processus à soi qui conviennent à chacun.

Animateur radio, dj, compositeur et formateur, quel rôle préfères-tu ?

Ah certainement compositeur! Faire des œuvres qui restent ! Mais les trois forment un équilibre je trouve.

Quels sont tes projets et envies pour la suite ?

Développer mon asso avec mes activités MAO et radio et mes labels Là-haut dans l’Océan et We have Electricity que je dirige avec l’aide précieuse de Phrax Bax. Sortir enfin un disque chez les potes de l’excellent label écossais 12th Isle… Faire la mise en son à Voiron avec des élèves de premières pour une lecture au théâtre dans le cadre du Festival Livre à vous, une autre mise en son à Lyon pour une pièce de danse sur un texte de Joachim Gruère, participer activement au festival radio écoutes qui se tiendra au printemps à Grenoble…. Bref pas mal de projets et d’envies, il ne reste plus qu’a trouver des moyens pour continuer !

Un petit mot pour conclure ?

Merci pour cette interview ! Et à très bientôt en formation, en soirée ou sur les ondes !! Un max de bonne humeur sur vous tous ahah !

 

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