Stéphane Deschezeaux

Rencontre avec le boss du label Springbok records orienté nu-disco et funk. Retour sur le parcours d’un monstre de la composition depuis la fin des années ’90.

Peux-tu nous raconter un peu tes débuts, comment l’envie de mixer et composer t’est-elle venue ?

Dans les années 80 l’album Thriller de Michael Jackson, a été pour moi comme un déclencheur de cette passion pour la funk. Ma carrière a débuté dans les années 90 : à l’époque, j’étais animateur dans une radio locale, j’animais une émission funk, j’étais collectionneur de vinyles mais j’avais cette envie de faire de la musique. J’ai donc décidé d’acheter du matériel (un Korg M1) ; je pensais qu’avec ce synthé, on pouvait créer un produit fini… Mais j’étais bien loin d’imaginer à l’époque le matériel nécessaire à la finalisation d’un track. C’est à la fin des années ’90 que je me suis tourné vers le mix d’une manière plus professionnelle, avec l’arrivée de la techno et les premières rave-parties. Avant cela, je ne possédais pas de Technics SL1200 : je m’entrainais avec le tourne disque de ma mère et un magnéto cassette, le tout sans pitch, obligé d’accélérer avec le doigt pour mettre au tempo le mix.

Je vais faire appel à ta mémoire : comment s’est passée ta toute première signature ?

Ma première signature en temps que Stéphane Deschezeaux, je l’ai faite sur le label d’un ami qui s’appelait Soulshake. C’était très orienté house deep mais j’avais déjà à l’époque l’envie de proposer des prods un peu plus funk avec des lignes de basse un peu plus élaborées.

Tu t’occupes maintenant de ton label Springbok records orienté nu-disco et funk : serait-ce un retour aux sources ?

En fait pour moi c’est surtout une alternative. Lorsque j’envoyais mes prods à des labels, comme je n’avais pas encore la notoriété nécessaire dans ce domaine musicale pour pouvoir accrocher un gros label, j’avais beaucoup de refus, voir même carrément pas de réponses du tout. C’est là que j’ai décidé de créer mon propre label et ça a été pour moi la meilleure façon de m’exprimer en ne faisant aucune concession.

Comment arrives-tu à tout gérer entre la partie composition et tout le travail que demande la gestion de ton label ?

C’est pas toujours très simple, mais travailler dans l’urgence à devoir tout gérer, ça me booste et ça m’oblige à m’imposer un rythme de travail. Parfois, j’aimerais déléguer une partie du travail administratif à une tierce personne pour pouvoir me consacrer plus à la production musicale, mais c’est pas simple. Alors en attendant, dés que j’ai un moment de libre, il est consacré au label.

Quel matériel utilises-tu pour composer ta musique ?

Je travaille avec un iMac dernière génération, avec Logic X, principalement avec des plug ins ; j’aime beaucoup la synthèse analogique, les produits de chez Arturia ou Native Instruments car ils conviennent tout à fait à mon style musical.

Tu travailles avec des musiciens sur les morceaux nu-disco : comment vous y prenez-vous pour produire un nouveau track ?

Généralement, pour les parties électro acoustique, Bernard Formichelli, le guitariste, me propose des bases musicales, notamment pour les tracks avec The Family’s Jam. Ensuite, de mon coté, j’arrange, je sculpte le morceau jusqu’à obtenir un track abouti ; parfois, son fils Laurent travaille sur les parties ligne de basse Fender. Pour les chanteurs à l’étranger, c’est différent : je leur envoie une démo track instru, ensuite ils posent le chant ; à moi ensuite de mixer le tout et d’envoyer au mastering.

Tes morceaux sont régulièrement dans les tops 100 des sites comme Beatport ou Traxsource : de quel projet es-tu le plus fier ?

Je crois que le projet dont j’ai été le plus fier à l’époque, c’était l’un des mes tout premiers projets, le EP 1982 où figurait le titre « Standing Room » : c’était assez incroyable de constater que le titre puisse entrer dans les charts de Beatport… Mais de là à terminer premier du classement ! J’étais vraiment très fier de ce moment. Ensuite il y a eu le track avec Darryl Jordan, le titre « Give me », qui était vraiment mon tout premier track chanté, avec sa voix incroyable. Il y a eu la collaboration avec Fabrice D’Aversa (Doggmaster) pour le projet « The Cosmic Playerz » : une collaboration intéressante avec ce mélange de nu-disco chanté à la talkbox et le coté funk également dans la composition, j’ai trouvé ce projet vraiment original.

Au final : préfères-tu le mix devant ton public ou la composition ?

C’est très différent au niveau des sensations. Je pourrais plus facilement me passer du mix que de la création musicale qui, pour moi, fait partie intégrante de ma personne. J’ai ce besoin de composer presque comme un besoin vital. Mais lorsque qu’il y a un bon feeling entre un deejay et son public, c’est quand même magique et ce genre de soirées reste gravé dans les esprits.

Quels conseils donnerais-tu à un jeune compositeur/DJ ?

Je crois que la réponse est dans ta question : c’est de mixer mais également de composer en parallèle car aujourd’hui les deux sont indissociables. Un autre conseil : ne pas faire de concessions sur ses choix artistiques, aller droit au but, ne pas se laisser influencer par les autres.

Quels sont tes projets et tes envies pour l’année 2017 ?

J’aimerais beaucoup collaborer sur des projets chantés. J’aimerais également organiser des Sringbok parties en invitant des deejays du label ou dans la même sensibilité musicale : c’est dans les tuyaux…

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