MotherBot records

Moe Danger : peux-tu te présenter en quelques phrases ? D’où vient ton pseudo ? Comment es-tu tombé dans la musique électronique ?

Hey, je suis Moe Danger, un musicien / producteur de Toronto, Canada. Ce nom est un nickname que j’utilise en ligne depuis de nombreuses années : Moe est le nom de mon chat et Danger est un anagramme créé à partir de mon propre nom de famille. Je me suis  intéressé à la musique électronique très jeune ; il est difficile de dire quand cela a commencé, mais quand mes amis écoutaient Marylin Manson, j’écoutais The Prodigy ou Fatboy Slim, c’est  ce que je préférais.

Tu es originaire de Toronto et aujourd’hui tu vis à Berlin : la scène électronique au Canada ne te satisfaisait pas ? Qu’es-tu venu chercher à Berlin ? Quelles différences/ressemblances vois-tu entre les 2 scènes ?

La scène électronique à Toronto est assez bonne en fait, je ne peux pas vraiment m’en plaindre, mais la possibilité pour un musicien de faire de l’argent au Canada est une autre histoire. De nos jours, Toronto rapporte pas mal de bonnes choses de l’Europe, et les gens commencent à avoir le même goût en techno qu’à Berlin. Je pense que c’est vraiment cool. Malheureusement, les artistes locaux ont encore du mal à Toronto, c’est une chose que je n’aime pas de l’industrie ici.

Tu gères le label MotherBot records : raconte nous un peu l’histoire du projet ? Pourquoi avoir choisi le nom « MotherBot » ? Quelle est la philosophie du label ?

C’est quelque chose que je voulais faire depuis longtemps, j’y réfléchis depuis des années. Je l’ai vu comme un bon moyen de contribuer à la communauté techno et peut-être aider quelques artistes à grandir, tout en ayant également la chance de collaborer avec plus de musiciens. Le nom vient de mon amour pour les ordinateurs et les robots : j’ai pris les mots «carte mère» et «robot», je les ai mélangés et il est sorti MotherBot. Il m’a fallu quelques mois pour obtenir ce nom, mais une fois qu’il m’est apparut, j’ai su que c’était bien « Le » nom du label. Quant à la philosophie, l’idée est de construire une famille de producteurs, des artistes qui peuvent collaborer et s’aider mutuellement.Nous faisons de la musique pour nos fans en priorité, toutes les releases et podcasts sont libres d’écoutes sur SoundCloud, YouTube et les autres services de diffusion musicale : nous voulons simplement donner aux gens quelque chose à apprécier.

Tu a commencé le projet du label avec des broadcasts : le mix occupe-t-il une place importante dans ta vie ? Quels sont tes modèles en matière de technique de mix ?

Le label a commencé avec des podcasts parce que je ne voulais pas commencer par la vente de musique, je voulais juste offrir aux gens une heure de techno pour profiter et je voulais commencer à trouver des artistes dans le même esprit pour travailler avec. Dans le processus, l’idée était de faire de la publicité du podcast en leur donnant une certaine visibilité, et aussi de mettre sur Facebook chaque playlist et encourager nos auditeurs à soutenir ces artistes aussi s’ils appréciaient le contenu. C’est une façon de relier les gens avec la musique, ce qui est vraiment le but au final.

Mixer pour moi c’est parfois une lutte : je me considère plus comme un producteur qu’un DJ, je suis toujours en train d’expérimenter quand je joue mon set. J’ai mes propres techniques personnelles, j’aime bien les longs mix et j’utilise des effets comme les delays et la réverb pour créer des transitions qui sont percutantes et sans coutures. Bien sûr, parfois les cuts rapides sont également tout aussi efficaces quand ils sont bien faits, et les boucles ouvrent également de nombreuses possibilités créatives : elles peuvent même vous sauver au milieu d’un mauvais mix. Mais je cherche toujours ma technique de mix, et je prévois de changer mon setup bientôt : à suivre d’ici quelques mois…

Quelle est l’identité musicale du label ? Choisis-tu de signer des artistes qui te ressemblent ? Donnes-tu la chance à de jeunes artistes de signer sur ton label ?

Le label est définitivement adapté à mon propre goût de la musique, je ne signerais pas un track que je n’aime pas. Pour MotherBot, je me concentre sur la tech-house, deep-house et techno, et je n’ai pas l’intention de sortir quoi que ce soit trop éloigné de ces genres. Je donne absolument une chance aux jeunes artistes, pourvu qu’ils aient une musique bien produite : c’est tout ce qui compte vraiment. Et si je peux aider un nouvel artiste tout au long de sa trajectoire, c’est un bonus.

Le marché de la musique électronique s’est effondré avec l’arrivé du MP3 : quelles difficultés rencontres-tu dans la gestion d’un label ? Est-ce facile de se faire une place en tant que petit nouveau ? As-tu créé des liens avec d’autres labels de la scène électronique ?

Comme il s’agit d’un nouveau projet, la plupart des difficultés ont été jusqu’ici dans la construction de la plateforme : trouver des artistes pour les premières sorties et des DJs pour les podcasts, se connecter avec un bon distributeur, et  commencer à construire une fanbase. Il n’est certainement pas facile de faire votre place comme nouveau label, il y en a tellement et le marché est assez saturé ; mais cela signifie simplement que vous devez travailler dur. Il y a quelques autres labels auxquels nous sommes liés : je ne peux pas en dire plus, mais nous planifions des événements en collaboration avec certains d’entre eux en 2017.

Quelle est ta conception de la production ? Sur quelles machines/logiciels travailles-tu ? Compose-tu à l’instinct ou avec un projet en tête bien défini ?

Quand je produis, je commence habituellement par expérimenter et juste jouer. J’aime sampler d’autres instruments comme des violons, des orgues ou des chœurs et jouer dans Ableton Live avec un clavier pour voir ce que je peux en sortir. L’utilisation de samples audio permet souvent de créer de bonnes textures que vous ne pouvez pas obtenir avec un  VST, et de là je peux modifier et donner du mouvement aux sons avec des effets différents. La chose importante pour moi sont quelques bonnes nappes de drums, une sub-basse et un kick puissant. Une fois que j’ai toutes ces parties, je joue avec jusqu’à ce que je me sente à l’aise et assez inspiré pour enregistrer le morceaux : je tiens à enregistrer une chanson en une seule fois ; puis j’ajoute des effets et de petites modifications après. C’est la façon la plus confortable pour moi de produire.

Tu es également remixeur : travailles-tu de la même façon un remix et une production ? Que cherches-tu à faire ressortir au travers de tes remix en comparaison de l’original ?

C’est le plus fun pour moi de faire des remix. Je fais un remix parce que j’aime l’original et c’est génial d’avoir une chance de prendre les éléments d’un track que vous aimez et de les retravailler à votre style. Je prends mes parties préférées de l’original, et je commence à construire autour de cela avec mes propres éléments. Parfois, je peux prendre que la voix, ou peut-être qu’un petit morceau de la mélodie originale, et expérimenter avec un ou deux éléments. Je m’assure également de ne pas écouter la version originale tout en travaillant sur un remix : cela aide à être inspiré par les éléments du track plutôt qu’être influencé par l’œuvre originale. Chaque track est différent, et pour chaque remix, je mets en évidence quelque chose de différent : ça dépend vraiment des morceaux originaux et de ce que je ressens quand je m’assieds pour travailler.

Peux-tu citer 5 tracks qui sont pour toi l’essence meme de la musique électronique ? En quoi ces tracks te touchent-ils plus particulièrement ?

Il est difficile d’en choisir seulement 5, il y a beaucoup plus de morceaux que je voudrais ajouter à cette liste. Ce seront donc les 5 qui me viennent à l’esprit :

Marek Hemmann – Gemini : c’est ainsi que le saxophone est censé être utilisé dans la musique électronique. Cette chanson a une telle  énergie, c’est funky mais pas d’une manière désagréable et commercial. L’un de mes préférés.

Maceo Plex & Gabriel Ananda – Solitaire daze : le break dans ce track est fantastique : perçage d’oreille agréable. J’aime la façon dont la mélodie est construite, le timbre est tout simplement parfait. Encore une fois supère énergie, super pour un club à 2h du matin.

Paul Kalkbrenner – Cylence 412 : la mélodie est fantastique. Paul a le don de vous donner le strict minimum de ce qui fait un superbe track et de les mêler dans un morceau énorme : pas de white noise ou d’effets pour combler, juste une bonne production. Cette chanson en est un parfait exemple.

The Prodigy – Out of space : un super exemple de bons samples. J’adore ce morceau, je remonte loin avec lui. Cette chanson a un tel mouvement, elle a un drop de tempo et un superbe sample de Max Romeo sur une telle vibe. Cette chanson me met dans une ambiance fantastique.

Caribou – Sun : ou quand la répétition est une bonne chose. Les chansons sont souvent ennuyeuses lorsqu’elles sont trop répétitives, pas celle-ci. Je ne m’en lasse jamais, le seul vocal « sun » répété sur un triple sample syncopés, il est juste à l’endroit parfait. Je suis aussi un fan du breakbeat au milieu de la chanson et du travail sur le synthétiseur expérimental.

Quels sont les projets à venir pour MotherBot records ? Pour Moe Danger ? Comment te projetes-tu dans les années à venir au sein de la musique électronique ?

MotherBot a plusieurs futures sorties à venir et nous prévoyons de garder un flux régulier de EPs et de podcasts mensuels. Nous commencerons bientôt à planifier des événements et à faire des soirées au nom du label. Pour moi, j’ai un certain nombre de tracks qui sortiront à partir de janvier, ainsi que quelques mix et podcasts. Et pour les années à venir, je ne peux qu’espérer continuer de grandir en tant que producteur et musicien : si je suis capable de faire de la musique pour les 20 prochaines années, je serais heureux.

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